La stratégie nationale de santé sexuelle, 2017 – 2030, reconnait pour la première fois l’importance de la santé sexuelle dans la santé globale

11/04/2017

la sexualité est aujourd’hui très marquée par un clivage sur les représentations entre la sexualité masculine et celle féminine, par une meilleure acceptation sociale de l’homosexualité même si les réticences restent fortes lorsqu’il est question de l’homoparentalité, et par une forte demande d’égalité dans l’interaction sexuelle et la relation de couple au vue de l’augmentation des dénonciations de violences sexuelles.

Ces constats se retrouvent également dans la population jeune mais d’autres aspects entrent en ligne de compte : difficultés à trouver des informations non erronées, non normées, adaptées et égalitaires ; méconnaissance de leur corps en particulier chez les jeunes filles, amplification des phénomènes de réputation et de harcèlement du fait de la viralité des réseaux sociaux, responsabilisation des jeunes femmes au niveau de la prévention et de la protection, accès plus large à la pornographie, difficultés de mise en œuvre des politiques d’information et d’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires.

Il apparaît aujourd’hui nécessaire d’élargir l’approche sanitaire de la sexualité, jusque-là essentiellement axée sur une démarche de prévention des risques, à une approche positive et égalitaire, synonyme également de plaisir et d’épanouissement personnel. L’enjeu ne se situe pas uniquement sur des connaissances biologiques mais aussi, et essentiellement, sur des compétences psycho-sociales (respect mutuel, réciprocité et consentement des relations à l’autre).

Petit préalable : qu’est-ce que la santé sexuelle ?

Selon l’OMS (2002), « La sexualité est un aspect central de la personne humaine tout au long de la vie et comprend le sexe biologique, l’identité et le rôle sexuels, l’orientation sexuelle, l’érotisme, le plaisir, l’intimité et la reproduction. La sexualité est vécue sous forme de pensées, de fantasmes, de désirs, de croyances, d’attitudes, de valeurs, de comportements, de pratiques, de rôles et de relations. Alors que la sexualité peut inclure toutes ces dimensions, ces dernières ne sont pas toujours vécues ou exprimées simultanément. La sexualité est influencée par des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux, économiques, politiques, culturels, éthiques, juridiques, historiques, religieux et spirituels. »

Les 6 axes de la stratégie nationale santé

  • Investir dans la promotion en santé sexuelle, en particulier en direction des jeunes, dans une approche globale et positive ;
  • Améliorer le parcours santé en matière d’IST dont le VIH et les hépatites virales : prévention, dépistage, prise en charge : « faire en sorte, dès 2020, que 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, que 95 % des personnes séropositives aient accès à des traitements et que 95 % des personnes sous traitement aient une charge virale indétectable ».
  • Améliorer la santé reproductive ;
  • Répondre aux besoins spécifiques des populations vulnérables ;
  • Promouvoir la recherche, les connaissances et l’innovation en santé sexuelle ;
  • Prendre en compte les spécificités de l’Outre-mer pour mettre en œuvre l’ensemble de la stratégie de santé sexuelle.

Des décisions innovantes et attendues

  • « La reconnaissance de la santé sexuelle dans les prise en charge des maladies chroniques non transmissibles (diabète, cancer, hypertension artérielle …) répond à une attente de la profession, depuis de nombreuses années, qui voit enfin le jour pour améliorer la prise en charge des Français. C’est une évolution sociétale majeure, aussi bien pour les professionnels que pour les patients » (Dr Rosa Carballeda, Présidente de la Fédération Française de Sexologie et de Santé Sexuelle).
  • « La santé sexuelle, ce n’est pas seulement parler des problèmes connus comme les IST, elle englobe tout ce qui touche à l’intimité. Pour la première fois, on pourra parler de la sexualité des séniors et des personnes handicapées », ce qui renforce le droit à l’intimité et à la vie relationnelle et sexuelle des personnes, notamment des jeunes, en situation de handicap hébergés dans des établissements et services médico-sociaux (cf. loi du 2 janvier 2002) (Dr Rosa Carballeda, Présidente de la Fédération Française de Sexologie et de Santé Sexuelle).
  • Formation des professionnels, en formation initiale et / ou en formation continue, d’une part sur les conséquences de la prise en charge de maladie chronique dans le domaine de la sexualité et d’autre part, sur la mise en œuvre de soins de support en lien avec les problèmes sexuels.

L’impact de cette stratégie nationale sur la démarche PPS (Prévention et Promotion de la Santé) au sein du réseau de la FAGE

La FAGE se félicite de l’approche positive et égalitaire qui s’exprime en filigrane à travers l’ensemble de ce document et rappelle son attachement aux actions de promotion en santé sexuelle. En effet, face à la diversité des informations disponibles auprès des jeunes (Internet, réseaux sociaux, média jeunes, pornographie), il est nécessaire de les aider à identifier des données fiables et adaptées à leurs demandes, en partant de leur expérience et de leurs propres représentations.

L’éducation à la sexualité constitue donc un levier légitime de l’égalité entre les hommes et les femmes et entre les sexualités. Au vue des difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre dans les établissements scolaires, reflet d’une société qui préfère nier la sexualité de ses jeunes, de nouveaux domaines doivent être investis comme les loisirs, l’insertion, l’éducation populaire, le sport. Au-delà des champs d’intervention, la démarche est aussi primordiale : il convient de partir de la parole des jeunes, sans jugement, sans discours moralisateur. Ainsi la prévention par les pairs, développée par le réseau de la FAGE, répond à ces enjeux. Fort d’un réseau d’étudiants en filière médicale et paramédicale mais aussi de responsables associatifs formés à ces questions, ces derniers ont à cœur d’agir auprès d’autres jeunes, dont ils partagent un certain nombre de préoccupations. En jouant leur rôle, ils souhaitent aborder la sexualité sous un angle global, afin de réduire le morcellement de cette thématique à une multitude de programmes et d’actions, déconnectées les unes des autres.

Cinq représentants de fédérations font part de leur avis sur la stratégie nationale de santé sexuelle

« Le constat est unanime : la France est très en retard sur la mise en œuvre de l’éducation à la santé, et particulièrement sur la thématique de la santé sexuelle, la caractérisant comme « tabou » au sein de l’esprit collectif.
Les sages-femmes et les étudiants sages-femmes, de part leur formation et leurs compétences, sont des acteurs centraux de la santé sexuelle, c’est leur cœur de métier. D’ailleurs les 33 associations d’étudiant.e.s sages-femmes de France s’investissent de plus en plus dans la mise en place d’actions d’éducation à la santé sexuelle à destination des jeunes, collégiens et lycéens en particulier. Certaines écoles intègrent pleinement ces actions dans la formation par la validation d’ECTS.
Ainsi l’Anesf est enchantée de la mise en place de cette stratégie à laquelle elle aura à cœur de participer pleinement, via le projet HERA lancé en février dernier. »
Eléonore Bleuzen, Présidente, Anesf

« Depuis un demi-siècle, l'approche à la sexualité a beaucoup évolué. En 1960, on commercialisait la première pilule contraceptive aux Etats-Unis, au même moment on voyait apparaître le mouvement pour le planning familial français. Dans les années 70, on a vu l'apparition des premières « gay pride » ou « Marches des fiertés », et à la fin des années 80 l'apparition du SIDA.
Pourtant, en 2017, les couples homosexuels sont toujours discriminés, le SIDA n'a pas disparu et les accidents de contraception et grossesses non-désirées restent des événements courants. La stratégie nationale de santé sexuelle répond en ce sens à un réel enjeu.
A notre échelle, l'ANEPF s'engage avec l'ANESF dans une campagne à venir sur la contraception, puisque le choix d'une méthode adaptée aux pratiques de vie reste indispensable pour éviter tout accident. L'engagement de nos réseaux contre les discriminations et pour la prévention des IST reste également particulièrement fort lors des événements que nous organisons. »

Anthony Mascle, Président, ANEPF

« Aborder la santé sexuelle, le rapport au corps, qu'il soit nôtre ou celui d'un autre, ne s'improvise pas. Les kinésithérapeutes participent à la prise en charge des patients atteints d'affections de longue durée qui peuvent fortement limiter la vie sexuelle. Professionnel du soin par le mouvement et pour le mouvement, le kinésithérapeute est un acteur-clé de la démarche d'acceptation de son corps, de ses limites, mais aussi de ses possibilités.
Les associations étudiantes s'engagent pour créer un espace de dialogue avec les associations de patients, pour un rétablissement de l'échange entre le soignant et le patient, afin que les sujets les plus intimes puissent être abordés en pleine confiance. »

Juliette Quentin, Présidente, FNEK

« Les soins infirmiers ont beaucoup évolué depuis les dernières années. La sexualité des patient.e.s commence à prendre une part de plus en plus importante dans leur analyse de soins. Ainsi cela devient une catégorie de données à part entière au sein des différentes méthodes de diagnostics infirmiers tel que ceux proposés par Marjorie Gordon ou Virginia Henderson.
Au niveau étudiant, la FNESI s'engage et prône la fin des inégalités Femme/Homme, la cessation des discriminations, et effectue la promotion de la prévention des IST lors de ses différents événements. De même au cours des dernières années, la FNESI et son réseau se sont engagés depuis plusieurs années dans des projets de promotion de la santé sexuelle telle que le Sidaction. »

Clément Gautier, Président, FNESI

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