Elections CROUS : l'interview croisée d'Alexandre Leroy, Thibaut Denis et Marie Pillière

29/10/14

Découvrez l'interview croisée d'Alexandre Leroy, Président de la FAGE, de Thibaut Denis, Vice-Président Etudiant du CROUS Nantes Pays-de-Loire et de Marie Pillière, élue CNOUS pour la FAGE sur les conditions de vie des étudiants, le logement, la restauration universitaire, la santé et les priorités à l'orée des élections CROUS.

3 questions à :

  • Alexandre Leroy - président de la FAGE
  • Marie Pilliere - élue CNOUS pour la FAGE
  • Thibaut Denis - Vice-Président Etudiant du CROUS Nantes Pays-de-Loire

Quel constat général peut-on dresser, à ce jour, des conditions de vie des étudiants de France, quels points selon-vous doivent interpeller l'attention de tous quant à la situation sociale de la population étudiante en 2014 ?

M.P : Quand on regarde les résultats de l'enquête « conditions de vie 2013 » de l'OVE on ne peut que s'alerter de la situation sociale des étudiants: augmentation du temps consacré à l'activité rémunérée, loyer moyen à 426€, état de santé jugé moins bon que les années précédentes, la paupérisation des étudiants n'est pas un mythe mais se constate concrètement dans cette étude. Il est nécessaire d'investir encore dans les aides sociales étudiantes qui n'ont pour beaucoup pas suivi les augmentations du coût de la vie de ces dernières années et qui ne permettent donc plus de répondre aux besoins des étudiants, en témoigne le manque de logements CROUS, le régime de sécurité sociale étudiant ou les bourses. 

A.L : A l'approche de la fin de l'année 2014, le bilan que la FAGE dresse des conditions de vie des étudiants de France n'est malheureusement toujours pas satisfaisant. S'il est évident que les efforts du gouvernement sur les bourses contribuent incontestablement à améliorer la situation, en augmentant le nombre de boursiers grâce à une amorce de réforme du système et en mettant en place des mesures attendues sur le logement, le compte n'y est pas encore, et de nombreux défis restent à relever. Aujourd'hui, 28% des étudiants sont toujours contraints de se salarier pour pouvoir étudier. Ce constat n'est pas compatible avec la volonté d'une société garantissant l'accès de droit à l'éducation. Le logement pèse toujours trop dans nos budgets, et sur ce point, le gouvernement devra revenir sur sa marche en arrière concernant l'encadrement des loyers de petites surfaces. Agir sur le coût des loyers, c'est alléger les budgets, c'est limiter le recours au salariat contraint, c'est agir favorablement en faveur de la réussite de tous. L'objectif du gouvernement doit être d'assurer des dispositifs sociaux efficaces et ambitieux agissant comme des leviers de la démocratisation.

T.D : Sur le terrain, force est de constater que le bilan reste mitigé. Les réformes entreprises vont clairement dans le bon sens, mais pour le moment, cela ne peut pas suffire. Tout comme nous nous méfions des effets d'annonce, à l'instar du 10ème mois de bourse qui avait été annoncé en grande pompe, mais pas financé, nous attendons de constater le bilan des politiques publiques et des réformes avant de crier victoire. Concernant le logement, bien que notre académie ne s'en tire pas trop mal, force est de constater en échangeant avec d'autres élus dans les CROUS que pour le moment, nous n'arrivons pas au compte de 43 000 logements construits ou rénovés annoncés par la secrétaire d'Etat. Autre exemple, au niveau du FNAU, bien que revalorisé, la circulaire très large et floue, rend le travail des assistantes sociales délicat et peut parfois préjudicier des étudiants qui ont pourtant besoin d'une aide du CROUS. Cette circulaire n'est d'ailleurs toujours pas tombée pour cette année, cela pose d'ailleurs question...

Les conditions de vie des étudiants restent insatisfaisantes. Comment pourrait-on ne pas s'alarmer du fait que près de 3 étudiants sur 10 aient besoin de chercher un job étudiant pour étudier ? De même, de trop nombreux étudiants, notamment en formation sanitaire et sociale n'ont pas accès à la gestion du CROUS en ce qui concerne leurs bourses et le suivi de leur dossier social, ainsi que certains autres services. Cela pose un vrai problème d'égalité de droits.

Quels points, avancées et temps forts retiendrez-vous de ces deux dernières années en matière de conditions de vie des étudiants, et de missions du réseau des œuvres ?

A.L : Un des points phares que nous retiendrons de ces deux ans, c'est l'obtention des premières étapes d'une réforme du système d'aides sociales devant conduire à la mise en place de l'Aide Globale d'Indépendance (AGI). Nos revendications étaient fortes, et ont permis un investissement de 450 millions d'euros dans les bourses étudiantes depuis 2012. Ces efforts ont concrétisé le 10ème mois de bourses, la revalorisation de l'ensemble des bourses, la création d'un échelon 0bis de 1 000 euros pour 132 500 étudiants et d'un échelon 7 pour 30 000 étudiants, et le renforcement du dispositif à destination des étudiants en situation d'autonomie avérée.

Si nous avons su accueillir favorablement les premières étapes de la réforme des bourses, nous avons aussi dénoncé les choix dangereux. En novembre 2013, la FAGE a été la seule organisation à refuser un budget du CNOUS en nette diminution sur sa mission restauration. L'effort sur les bourses ne pouvait en effet pas justifier un désengagement sur la mission sociale de restauration dont sont chargés les CROUS. Nous avons pris notre responsabilité de dénoncer ce choix, car, pour la FAGE, l'aide indirecte qu'est la restauration étudiante à tarification sociale participe pleinement à l'accessibilité aux études. Nous ne pouvions nous résoudre à rester muets face à ce choix politique.

Préserver et renforcer l'ensemble des missions des CROUS est une responsabilité que nous devons porter à chaque moment, et en chaque endroit. Ces efforts ont trouvé de nombreuses applications pratiques grâce à la coordination et à l'unité de notre organisation fédérale ; je pense en particulier à la victoire des élus de Franche-Comté qui ont, après plusieurs années de bataille, obtenu la construction d'un Restaurant Universitaire, aux élus de Rhône-Alpes qui ont récemment obtenu que le fonds Culture-actionS soit abondé pour permettre au CROUS de soutenir davantage d'initiatives étudiantes et aux élus Picards qui ont obtenu le retour du dispositif d'aides sociales départementales et l'abondement du FNAU à hauteur de 648 000 euros.

M.P : Notre mandat a commencé sur les chapeaux de roues avec un « surgel » de 20 millions d'euros sur le budget du CNOUS. Clairement, il n'était absolument pas envisageable d'accepter cette tentative. Nous avons réussi, durant un Conseil d'Administration assez tendu à faire rejeter cette proposition par le conseil d'administration. Les étudiants n'étant pas majoritaires dans ce conseil, cela a été pour nous une véritable victoire car nous avons su emmener avec nous les autres administrateurs du CNOUS. Cependant, le gouvernement n'a pas souhaité suivre l'expression démocratique du conseil d'administration du CNOUS, et a choisi de faire passer, au CA suivant, sa proposition en force.

La réforme des aides sociales a aussi été un fil rouge de notre mandat. Pendant deux ans nous nous sommes battus afin d'obtenir la mise en place de l'AGI. La réforme des aides sociales tendant incontestablement vers l'AGI c'est pour nous une très belle victoire, même si le travail continue !

Pour autant, il a fallu en novembre 2013 ne pas se laisser piéger, à l'instar d'autres représentants étudiants, par la simultanéité des annonces : d'une part on nous annonçait un effort sur les bourses, de l'autre une reculade sur le budget de la restauration. Ne s'agissant pas des mêmes budgets, nous avons porté la position courageuse de la FAGE de refuser le budget 2013-2014 du Centre National des Œuvres Universitaires et Scolaires.

T.D : J'ai été élu administrateur du CROUS de Nantes - Pays de la Loire en novembre 2012, puis Vice-Président Etudiant. Les missions relatives à cette vice-présidence, notamment la participation à l'ensemble des commissions, l'accompagnement des projets de la commission Culture-actionS et surtout le lien avec les Vice-Présidents Etudiants des Universités m'ont permis de vivre un mandat au plus près des solutions et démarches que peuvent entreprendre les élus Bouge ton Crous de la FAGE et le CROUS afin d'améliorer le quotidien des étudiants.

La victoire sur la mise en place des premières étapes d'une réforme plus globale du système de bourses a été un véritable soulagement pour les étudiants, notamment ceux, nombreux, issus des classes moyennes qui n'étaient que très peu aidés par les dispositifs existants.

Le vote du budget du CROUS a été un moment politique fort. Le budget préjuge et détermine les moyens d'actions du CROUS. Bien que conscients qu'il est impératif d'optimiser le fonctionnement du Centre, le budget qui nous a été présenté de nous semblait pas être en mesure de répondre aux besoins des étudiants de l'Académie. C'est donc logiquement, et en cohérence avec le vote de la FAGE au CNOUS, que nous avons refusé le budget présenté.

La construction de la COMUE Bretagne-Loire a aussi été un moment particulier et particulièrement riche. La notion de site, l'élaboration d'une politique coordonnée rassemblant une multitude d'acteurs ne peut se faire sans l'implication entière du CROUS. En tant que Vice-Président j'ai été amené à échanger avec les représentants étudiants des universités ; à travers cet échange, c'est véritablement le besoin de coordination et de travail en commun qui s'est exprimé, et je ne doute pas que le rôle, les missions et l'importance du CROUS sortiront renforcés de cette démarche de regroupement.

A quelques semaines des élections CROUS, quelles priorités doivent être fixées ?

A.L : La FAGE, à quelques semaines des élections des représentants étudiants dans les conseils d'administration des CROUS fixe des priorités claires quant aux efforts d'amélioration des conditions de vie et d'études des étudiants. Fin novembre, l'ensemble des militants de la FAGE iront présenter ces priorités aux étudiants de France afin de mobiliser largement autour de ses propositions, et de ses revendications.

Le système continue à mettre de trop nombreux étudiants à la marge, notamment les étudiants en formation sanitaire et sociale dont la gestion des bourses est confiée aux régions. Cette particularité induit des disparités régionales dans le montant de ces bourses, allant parfois du simple au double. Les efforts entamés sur les bourses étudiantes doivent se poursuivre et profiter à tous. La FAGE demande la mise en place définitive de l'Aide Globale d'Indépendance. L'AGI doit permettre à tous les étudiants, quelle que soit leur filière ou leur provenance géographique d'être aidé à la hauteur de leurs besoins par un calcul se basant sur les revenus du foyer fiscal de rattachement. Il s'agit ici de mettre en œuvre une réforme de justice sociale, de donner à chacun ce dont il a besoin afin d'assurer un accès à l'enseignement supérieur de tous. L'AGI doit aussi permettre une simplification des démarches, en regroupant dans un dossier unique, l'accès à l'aide sociale et aux aides au logement. En somme, avec l'AGI, la FAGE réclame un système plus efficace, plus juste et plus simple.

L'accès à la santé devra aussi faire l'objet de décisions politiques rapides. 27% des étudiants renoncent à des soins, la moitié d'entre eux le font pour des raisons budgétaires. Ce constat est insoutenable. Le régime de sécurité sociale étudiante ne fonctionne plus, c'est un fait avéré et maintes fois démontré. La gestion qui est faite de notre santé, avec des délais insupportables de traitement des remboursements, des refus de tiers-payant liés à l'incapacité des mutuelles étudiantes à rembourser les professionnels de santé dans les temps, et la gestion désastreuse de nos dossiers placent de trop nombreux étudiants dans la situation de devoir faire un choix : se soigner et hypothéquer des dizaines d'euros, voire parfois plus, de leur budget sans savoir quand ils seront remboursés, ou bien renoncer aux soins. La FAGE demande à ce que le gouvernement fasse enfin cesser l'omerta qui règne autour des mutuelles étudiantes, et confie la gestion de notre sécurité sociale à l'Assurance Maladie !

M.L : Les priorités sont nombreuses quand on regarde les conditions de vie des étudiants. D'une part, il faut continuer la réforme des aides sociales, les 450 millions d'euros engagés par l'Etat ces deux dernières années sont un bon début mais il faut aller plus loin dans la réforme du système pour mettre en place l'AGI.

Concernant le logement, conscients que ces missions sociales participent activement à l'accessibilité aux études, nous devrons obtenir des avancées et des garanties immédiates. La construction et la rénovation de près de 43 000 logements sont, selon le gouvernement, en bonne voie. Pourtant, dans les territoires, les comptes n'y sont pas et le nombre de résidences qui sortent de terre et chantiers qui s'amorcent ne nous poussent pas à la confiance. Aujourd'hui, les 165 000 logements sociaux du CROUS peinent à permettre à quelques 7% des étudiants d'accéder à un logement social. Il est urgent de concrétiser réellement la construction de nouveaux logements sociaux, en y associant les collectivités qui doivent participer à l'effort en mettant des terrains à disposition. De plus, l'encadrement des loyers de petites surfaces est une mesure impérative. Dans les villes universitaires, ces loyers sont très souvent en tension, et au-dessus de la réalité du prix du marché. L'idée ici n'est pas de faire la chasse aux propriétaires, mais bien d'encadrer les pratiques excessives, dans un souci d'intérêt général. Agir sur le loyer, c'est agir directement en faveur de l'allégement des charges qui pèsent sur les budgets des étudiants.

T.D : Les défis sont encore nombreux en termes d'égalité formelle d'accès à l'enseignement, et tous concernent le CROUS, de près ou de loin. Si la réforme des aides directes doit se poursuivre pour aboutir à la mise en place de l'Aide Globale d'Indépendance, la question des bourses n'est pas la seule à nécessiter une réponse.

Alors que la notion de rythme universitaire semble être à l'ordre du jour des débats, du moins au sein de l'organisation, il est urgent de penser les solutions qui nous permettront de faire en sorte que le CROUS s'adapte lui aussi au temps des étudiants. Sur le volet de la restauration, nous devons être en mesure d'accompagner les rythmes étudiants en proposant une offre accessible, notamment en soirée, sur un maximum de campus. Cela nécessitera de s'engager sur le budget alloué à cette mission, si nous voulons pérenniser ce qui compte tant pour la FAGE, une restauration étudiante de qualité, diversifiée, mais n'oubliant jamais sa vocation sociale.

La problématique du logement reste préoccupante. Bien que le CROUS Nantes - Pays-de-la-Loire soit pleinement impliqué dans le dossier, avec plusieurs inaugurations, et deux résidences à Nantes et Saint-Nazaire qui sortiront de terre en 2015, la situation laisse encore à désirer. J'ai notamment pu soutenir les fédérations de la FAGE dans la région lorsqu'elles ont réclamé l'encadrement des loyers de petites surfaces. Le problème de logement est un problème global, qui demande des réponses sur les plans de la construction de logement, du prix des loyers, et aussi du cautionnement. A ce sujet, bien que très peu utilisée lors de cette rentrée à cause de son annonce tardive, le dispositif CLé contribuera à favoriser l'accès au logement autonome à de nombreux jeunes dès la prochaine rentrée. Il s'agit maintenant de transformer l'essai et de poursuivre les efforts en termes d'accès au logement des jeunes !

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