Enseignement supérieur et politiques de jeunesse : un bilan du quinquennat de François Hollande

10/05/17

 « Faire en sorte que les jeunes vivent mieux en 2017 qu’en 2012 ». Le cap du quinquennat de François Hollande peut sembler clair, à l’heure où les jeunes constituent une frange particulièrement fragile de la population. Chômage massif des jeunes, précarité durable, enseignement supérieur en crise, ainsi que la peur du déclassement sont autant de composantes d’une situation sociale dramatique pour les jeunes, alors même que leur positionnement politique apparaît plus incertain à mesure que les élections défilent.

Jeunesse et enseignement supérieur : des enjeux centraux sur le quinquennat

Si, on peut penser comme Bourdieu que « la jeunesse n’est qu’un mot » tant l’hétérogénéité de cette jeunesse et des enjeux sous-jacents est grande, la nécessité d’une action publique spécifique en direction de la jeunesse ne fait aujourd’hui plus aucun doute. Frappés durement par la crise économique et par les disparités sociales et géographiques, les jeunes subissent de plein fouet les transformations de la société et du marché du travail, alors que l’action publique et la protection sociale apparaissent inadaptées face aux nouveaux enjeux de la jeunesse. L’enseignement supérieur français connaît lui aussi une crise durable entre des contraintes budgétaires et démographiques qui s’accroissent, et des besoins de formation en constante évolution.

Car la jeunesse constitue bien une période charnière de la vie, tant d’un point de vue économique, juridique, social que philosophique. Être jeune, c’est être dans une période d’apprentissage progressive de l’autonomie, entre la période de l’enfance et celle de sujet social complet, pour atteindre in fine, l’émancipation. Cette autonomie s’appréhende sous de nombreux angles, et si l’autonomie socio-économique (accès à des ressources, à un logement, à la formation à des droits sociaux) est centrale, la capacité à se construire personnellement, à prendre sa place dans la société, et à participer à la transformation sociale sont autant d’enjeux individuels et collectifs qui nécessitent une attention toute particulière des pouvoirs publics.

A l’heure du bilan, cette priorité affichée en 2012 mérite qu’on la compare avec la situation de 2017. Il ne s’agira néanmoins pas ici de dresser un simple parallèle entre des agrégats économiques et statistiques sociales de 2012 et 2017, les effets macroéconomiques et les évolutions sociales étant pour la plupart peu perceptibles à cette échelle, et l’approche strictement économique étant particulièrement réductrice en matière de politiques de jeunesse. Il s’agira en revanche de se placer dans une perspective politique, en prenant en compte les attentes exprimées par la société civile et les jeunes en général, que nous mettrons en balance avec la réalité des politiques publiques menées. En balayant les différentes thématiques, les textes de loi, les évolutions institutionnelles, nous pourrons ainsi dresser un bilan global de l’action publique en direction des jeunes. A défaut de pouvoir estimer si les jeunes vivent mieux en 2017 qu’en 2012, nous pourrons tout au moins nous assurer que le politique s’intéresse plus à la jeunesse en 2017 qu’en 2012.

Des avancées réelles…

La méthode de co-construction qui a guidé l’action des gouvernements successifs a permis, pour la première fois, une réelle prise en compte des organisations des jeunesse, et par là même des priorités des jeunes. Cette prise en compte a permis de mettre la jeunesse au coeur de l’action publique et d’agir concrètement pour démocratiser l’enseignement supérieur et accompagner les jeunes dans leur accès à l’autonomie. A l’issue de ce quinquennat, la FAGE dresse un bilan qui comporte des avancées réelles :

Affaires académiques et enseignement supérieur

Droit à la poursuite d’études : un nouveau droit à rendre tangible
Une nouvelle protection des stagiaires
Livre blanc de l’ESR de la stratégie à sa planification budgétaire
L’évaluation des universités qui reste publiée pour un impératif démocratique maintenu
Des quotas en STS pour donner plus de chances à ceux qui en ont besoin
Un premier cadre national pour des formations plus lisibles

Politiques de jeunesse et affaires sociales

Une démarche de concertation avec les organisations de jeunesse tout au long du quinquennat
La création et l’universalisation de la Garantie Jeunes
La création du Compte Personnel d’Activité
Une montée en charge du service civique pour le rendre universel
Mise en place de l’année de césure et de la valorisation de l’engagement étudiant
Émergence d’une garantie locative en voie d’universalisation

...et des atermoiements dommageables

Il est néanmoins à déplorer un manque d’ambition global du quinquennat de François Hollande, durant lequel la “Priorité Jeunesse” et la “loi ESR” ont privilégié des avancées incrémentales plutôt que des révolutions nécessaires. Les chantiers inachevés sont ainsi nombreux, et l’action des gouvernements de 2012 à 2017 comprennent des limites soulevées par là :

Affaires académiques et enseignement supérieur

Une cotutelle des formations créée et bafouée
PIA : le Commissariat Général à l’Investissement, vers un ministère bis ?
Accréditation : un goût d’inachevé
Le second cycle toujours rompu par les concours MEEF, CRFPA et ENM
L’absence d’intégration universitaire pour de nombreuses formations
Dispositif “Meilleurs Bacheliers” : l’arbre qui cache la forêt

Politiques de jeunesse et affaires sociales

Des aides sociales pour les étudiants toujours inadaptées
Un service public régional d’orientation nécessaire mais inopérant
Des barrières d’âge et de statut qui empêchent les jeunes d’accéder à l’autonomie
Une politique hésitante et insuffisante en matière de logement
Sécurité sociale étudiante et complémentaire santé : aucune avancée pour les jeunes
Des jeunes toujours absents de la vie publique

2017-2022 : l’urgence d’une action collective en direction des jeunes

La parution de ce bilan critique du quinquennat de François Hollande coïncide avec l’élection du plus jeune Président de la République jamais élu. Il nous est pourtant permis d’émettre des doutes quant à la volonté d’Emmanuel Macron de se placer dans le sillage et le prolongement de son prédécesseur en matière de « Priorité Jeunesse ». Largement absentes de son programme, les politiques de jeunesse sont pourtant loin d’avoir atteint leurs limites, et se doivent de répondre à des enjeux toujours aussi essentiels. Avec un chômage élevé, des inégalités galopantes et une défiance politique majeure des jeunes envers la classe politique, comme en témoignent l’abstention massive et le vote Front National, le huitième président de la Vème République aura fort à faire pour répondre à ce qui se présente comme une véritable « Urgence Jeunesse ».

Il est ainsi urgent de l’atteler à une réforme cohérente du système éducatif en s’attaquant tant à l’articulation entre le secondaire et le supérieur afin de lutter contre les déterminismes imposés par une orientation souvent subie, et par l’instauration d’une véritable formation tout au long de la vie. Plus encore, il convient de revendiquer une véritable ambition en matière de protection sociale des étudiants et des jeunes en rompant avec une logique de dispositif délétère, et d’acter un véritable choc de simplification en matière d’orientation et d’accès aux droits.

Sans une prise en compte effective de la jeunesse dans toute sa diversité sociale par les pouvoirs publics, le « Pacte Républicain » qui unit les générations et les horizons sociaux pourrait bien définitivement se briser.

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