Publicité sur la prostitution étudiante : une atteinte à la dignité

29/11/2017

Le 25 octobre 2017, un camion publicitaire a circulé aux abords d’universités parisiennes, vantant un site de rencontre. D’une grandeur de 5m par 3m, l’affiche mettait en avant un message très explicite : « Hey les étudiant(e)s. Romantique, passion, et pas de prêt étudiant. Sortez avec un sugar daddy ou une sugar mama ».

Dénoncée par le Président de l’Université de Paris Descartes, cette publicité a d’une part été condamnée par la Maire de Paris qui a saisi le procureur de la République pour entamer des poursuites contre le site internet et d’autre part mobilisé les services juridiques du Secrétariat d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes pour vérifier si celle-ci pouvait être répréhensible au regard de la loi, en termes de proxénétisme et d’incitation à la prostitution.

En tant que première organisation représentative étudiante, la FAGE a également pris ses responsabilités en déposant une plainte du chef de proxénétisme auprès du procureur de la République et en saisissant le Jury de déontologie publicitaire.

L’avis du Jury de Déontologie Publicitaire

Le 26 octobre 2017, l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP) a demandé à la société qui gère le site de rencontre la cessation de la diffusion de la publicité en question, suite à la réaction de particuliers et de représentants étudiants. Elle a en effet estimé qu’en plus d’inciter des étudiants « à avoir des relations intimes afin d’améliorer leur situation financière », cette publicité suggérait « une idée de soumission sexuelle », en banalisant des situations de soumission et de dépendance, de nature à pouvoir choquer le public. Elle a aussi souligné le fait que cette publicité contrevenait aux règles contenues dans la Recommandation de l’ARPP Image et respect de la personne, basées sur les principes élémentaires de respect et de protection de la personne.

Amené à se prononcer sur cette publicité suite à la plainte de particuliers et de la FAGE, le Jury de Déontologie Publicitaire a eu pour mission de « se prononcer sur le contenu des messages publicitaires diffusés » ; la licéité, la validité et la conformité des services ou produits proposés aux dispositions législatives ou réglementaires relevant de la seule prérogative des juridictions.

Le Jury a estimé qu’« en l’espèce, la publicité en cause, en jouant sur la notion de fragilité financière des étudiants et des étudiantes qu’elles cible, auxquels elle propose de remédier à cette situation en ayant recourt à des relations sexuelles payantes avec des personnes plus âgées et plus aisées, présente de façon complaisante une situation de dépendance d’étudiants ou étudiantes en précarité financière. Ce faisant, elle porte atteinte à leur dignité, de façon d’autant plus renforcée qu’elle les réduit, qui plus est, à la fonction d’objets sexuels. »

La réaction de la FAGE

La FAGE salue la décision prise par l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP) et l’avis rendu par le Jury de Déontologie Publicitaire qui ont su à la fois mesurer la fragilité financière, et donc le risque de dépendance, de la population étudiante mais aussi relier cette publicité au champ de la prostitution, et plus globalement à celui de l’atteinte à la dignité de la personne.

Les conclusions à retirer sont toutefois nuancées. En effet, en suscitant volontairement l’indignation du grand public, ladite société a profité d’une communication gratuite sur les réseaux sociaux et via les médias, pour se faire connaître et mettre en avant ses activités auprès des personnes plus riches et plus âgées.

La FAGE préfère voir dans cette communication pernicieuse l’opportunité de lever un tabou sur la prostitution étudiante. Elle souhaite ainsi œuvrer sur cette problématique afin de collecter des données qualitatives et quantitatives sur le sujet et de co-construire avec différents acteurs (mouvement du nid, Equipe d’action contre le proxénétisme (EACP) notamment), des dispositifs d’accompagnement et des outils de prévention.