Entre innovation et inégalités d’accès : le numérique au cœur des discriminations

13/03/19

Les technologies de l’information et de la communication ont changé les modes de consommation et de travail. Pensées comme un outil d’accès à des réseaux infinis pour tous, elles se révèlent finalement être des vecteurs d’une fracture numérique de plus en plus profonde.

La fracture numérique, c’est l’inégalité d’accès à ces nouvelles technologies, dans leur achat, leur consommation et leur appréhension.

Le Gouvernement a sorti pour l’année 2018 son baromètre du numérique, un document synthétique sur le taux d’équipement technologique des foyers, les usages du numérique et les stratégies mises en œuvre pour accompagner les individus à s’approprier les outils, dont le site « Les Numériques » en a réalisé une analyse en 5 chiffres.

On peut caractériser la fracture numérique au travers de différentes inégalités :

  • Inégalité géographique

  • Inégalité culturelle

  • Une inégalité socio-économique

  • Inégalité éducative

Une inégalité géographique

Si de plus en plus de personnes ont aujourd’hui accès à l’Internet, la disponibilité et les usages sont très différenciés. Dans une minorité d’États, le contrôle de la puissance publique sur les usages numériques est très fort : allant d’une quasi-censure à une liberté presque totale, on ne peut pas considérer que nous avons tous accès aux mêmes contenus numériques. A cette inégalité structurelle s’ajoutent des inégalités sociales préexistantes : le coût de l’abonnement ou des infrastructures nécessaires rendent très différent l’accès au numérique dans les différents pays.

L’inégal accès aux infrastructures de haut débit, même en France, engendre une inégalité d’accès à un ensemble des outils connexes. Alors que l’ensemble de la société utilise aujourd’hui internet dans ses communications, certains territoires se trouvent alors complètements isolés.

Même si la fracture se résorbe, les zones les plus urbaines comprennent au minima 10% de taux d’équipements de plus que les zones les plus rurales.

Avec le développement de plus en plus fort des services dématérialisés, notamment ceux du service public pour renforcer l’accès aux droits, les inégalités continuent de se creuser pour certains territoires encore trop peu développés.

Une inégalité culturelle et générationnelle

Les méthodes d’organisation et de collaboration ont été profondément bouleversées par l’ère du numérique. Les codes du libre accès et du partage de l’information ont aujourd’hui renversé les hiérarchies traditionnelles et les règles d’usage, entre une génération qui n’a pas grandi avec ces technologies et une nouvelle génération qu’on dit ultra-connectée.

Quand la « génération Y » maîtrise parfaitement les premiers réseaux sociaux, le fossé se creuse également avec la génération Z qui s’est également crée ses propres codes et usages. Les générations plus anciennes se retrouvent perdues.

Malgré la volonté politique des états et des territoires de diminuer ces fractures par des politiques de formations professionnelles ambitieuses, le frein culturel persiste, car les codes restent différents.

Le rapport le montre : 98% des 18-24 ans possèdent un smartphone, face à 35% des personnes de plus de 70 ans.

Dans une optique de raccrocher chaque citoyen a ses droits, les politiques publiques développent en parallèle une batterie de services que toutes les générations ne sont pas en capacité d’exploiter.

Une inégalité socio-économique

Disposer d'un ordinateur personnel, d'une connexion internet privée, des moyens financiers pour réparer son ordinateur en panne... autant de situation face auxquelles nous ne sommes pas tou.te.s égaux.

Certain.e.s n'ont pas les moyens financiers pour disposer du numérique librement et cela constitue l'une des situations vécues possibles, expliquant en partie la fracture numérique.

Il est important de dissocier inégalités d'accès et inégalités d'usage lorsqu'on parle de numérique, et à fortiori de fracture numérique.

Pouvoir disposer d'ordinateurs connectés ne garantit en rien que l'utilisateur.trice se sente inclu.e dans ces pratiques et puisse avoir un usage autonome de celui-ci.

Autrement dit, l'accès aux biens ne permet pas à lui seul de réduire les inégalités numériques.

Une inégalité éducative

L’une des Inégalités les plus fortes au sein de la fracture numérique réside sûrement dans la fracture éducative.

Les politiques éducatives en matière de numérique sont réduites à l’enseignement d’outils bureautiques et ce, alors que les outils numériques ouvrent davantage de perspectives de collaboration et de communication, y compris dans le milieu éducatif.

Enfin, l’appartenance à une catégorie socio-professionnelle est un encore un critère marquant – mais non exclusif – au plein usage des outils numériques. Même si la tendance est à la baisse, la barrière éducative entraine encore des inégalités d’accès aux outils.

Face au renforcement de la fracture, quelles pistes existe-t-il ?

Il est aisé de comprendre que l’enjeu autour de l’accès au numérique pour toutes et tous est essentiel.

Il est primordial de continuer de transformer les politiques éducatives de manière globale, en investissant dans l’accompagnement de toutes les générations dans l’usage du numérique, mais également dans le renforcement des infrastructures. Ce n’est qu’en développant une stratégie nationale et européenne pour l’accès aux services numériques pour tous qu’il sera possible de résorber cette fracture.

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