Classement de Shanghai : un classement délétère pour les Universités françaises

21/08/2019

      Alors que le « Classement de Shanghai » a été publié le 15 août 2019 par le cabinet indépendant Shanghai RankingConsultancy, les universités françaises semblent encore en retard par rapport aux universités anglo-saxonnes. Bien qu’avec plusieurs établissements dans le top 100 des universités mondiales, il est nécessaire de ne pas se reposer sur ce résultat et continuer à penser un enseignement supérieur qui intègre chaque jeune. 

C'est le marronnier de l'année en matière d'enseignement supérieur et de recherche : la publication du sacro-saint classement de Shanghai. Ce classement, attendu par de nombreux acteurs universitaires, permet ainsi de situer les établissements français dans la hiérarchie mondiale, à côté des grands établissements anglo-saxons comme Harvard University, Stanford University ou University of Cambridge au Royaume-Uni. 

La ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation n’a pas tardé à se féliciter des résultats qui mettent en avant 21 établissements français figurant cette année dans le classement de Shanghai, soit 2 de plus que l'an passé. Parmi ces 21 établissements, près d'un tiers y gagnent des places et plus de la moitié demeurent stables. Trois établissements sont ainsi toujours classés dans le Top 100, dont 2 dans le Top 50. L'université Paris-Sud y gagne 5 places (37ème position), suivie par Sorbonne Université (44ème position) et l'École normale supérieure de Paris (79ème). Il faut noter que le paysage universitaire se diversifie avec de nombreux pays entrant dans ce classement. Alors que la France reste loin du top 10 des meilleurs établissements universitaires mondiaux selon ce classement, de nombreux biais sont à noter parmi les critères d’évaluation observés par le cabinet chinois. 

Une place accrue à la recherche, laissant la pédagogie de côté 

En 2007, la création des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) doit permettre à la France de développer un engouement autour de la recherche. Cette volonté de développer une véritable croissance de la recherche en France trouve son intérêt dans cette guerre aux classements internationaux. Le classement de Shanghai repose sur six critères, dont le nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les étudiants diplômés et professeurs, le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline, ou encore le nombre de publications dans les revues Sciences et Nature. L’ensemble de ces critères repose sur les talents de recherche des établissements, ce qui ne reflète qu’une partie de l’activité des universités, laissant l’enseignement au second plan. Ils ne jugent donc pas les qualités pédagogiques d'un établissement ni même les chances de ses étudiants de trouver un travail après avoir été diplômés.

Évidemment, il est primordial pour la FAGE que la Recherche française soit de qualité et c’est d’ailleurs en ce sens qu’elle sera très attachée au projet de loi de financement pluriannuel de la recherche. Cependant, la qualité de la recherche ne doit pas s’arrêter aux nombres de publications mais bien au lien avec l’enseignement et avec la qualité de travail des chercheurs, personnels et doctorants. 

Une course aux classements internationaux qui bouscule le paysage de l’enseignement supérieur français

Pour autant les politiques publiques se succèdent et les résultats ne sont pas à l’attendu. Depuis les premiers regroupements jusqu’aux établissements publics expérimentaux les réformes permettant aux établissements d’enseignement supérieur de se regrouper, affichent comme objectif un rayonnement international fort et un objectif de se placer parmi les meilleurs établissements du monde.

C’est sans compter les critères pris en compte par les mêmes classements. En effet le système français avec ses organismes de recherche d’un côté et les universités de l’autre ne permet pas de recenser les chercheurs hautement cités parmi les universités. Pour augmenter la renommée et donner toutes les chances aux universités d’apparaitre au plus haut dans ces classements, la Ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation adressait le 22 février dernier une lettre aux organismes de recherche afin que les chercheurs hautement cités puissent afficher en première affiliation l’université à laquelle était rattachée, l’UMR et l’organisme de recherche en seconde affiliation.

Mais les déboires du système français face aux autres systèmes d’enseignement supérieur internationaux sont beaucoup plus profonds que ça. En effet certains établissements tels que certaines communautés d’établissements, les établissements publics expérimentaux ou encore les écoles d’ingénieurs ne sont pas pris en compte dans ces classements. Le ministère travaille actuellement avec les différentes conférences afin de faire remonter une liste d’établissements au Shanghai Ranking Consultancy, qui selon lui devrait figurer dans le classement général. Reste encore à voir les conséquences qu’auront ces établissements s’ils parviennent à être reconnus au sein des classements internationaux.

Les universités doivent se mobiliser pour la réussite des étudiants 

Pour autant, être reconnu parmi les meilleurs établissements mondiaux n’assure pas un accompagnement adéquat et une réussite des étudiants. En effet les critères pris en compte lors de ces classements ne tiennent pas compte du taux d’encadrement des étudiants ni de l’accompagnement pédagogique qui est mis en place. De même, les critères relatifs à l’insertion professionnelle ou le développement des compétences des étudiants n’est fait mention nulle part. Ce sont pourtant des missions principales des universités françaises. Ce classement, de plus en plus prisé, permet à de nombreuses familles du monde entier de se positionner quant à la renommée d’un établissement d’enseignement supérieur sans aucune visibilité sur la qualité de la formation qui y est délivrée.

Dans un contexte où les expérimentations de coordinations territoriales des établissements d’enseignement supérieur intègrent les organismes de recherche au plus près de leur gouvernance en parallèle d’une diminution de la représentativité étudiante, il est nécessaire d’alerter sur les dérives poussées par une internationalisation à tout prix des universités, néfastes pour la formation et le développement des compétences des étudiants. 

En parallèle, avec une temporalité où la reconnaissance de l’engagement pédagogique des enseignants chercheurs est en pleine discussion, un recul sur la pertinence de ces classements internationaux et une revalorisation de l’activité de formation de nos universités seraient plus que bienvenue. 

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