Précarité menstruelle : un coût physique, mental et social pour les étudiant·e·s

08/02/2021

Sauter un repas ou un cours : pour vivre leurs règles dignement, tel est le choix que doivent faire de nombreux·ses jeunes en 2021. Une enquête réalisée auprès de 6 500 étudiant·e·s de 18 à 25 ans révèle pour la première fois les conséquences dramatiques de la précarité menstruelle chez les jeunes, sur le plan physique, mental ou encore social.

Un tiers des étudiant·e·s peinent à financer leurs protections

Protections périodiques, anti-douleurs, visites médicales : vivre ses menstruations dignement représente un coût non négligeable dans le budget des personnes menstruées. Ne pas pouvoir vivre ses règles dignement par manque de moyens financiers, c’est ce qu’on appelle la précarité menstruelle.

Réalisée fin 2020 par la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE), l’Association Nationale des Etudiant·e·s Sage-Femme (ANESF) et l’Association Fédérative des Etudiant·e·s de Poitiers (AFEP), l’enquête révèle que la population étudiante n’est pas épargnée par ce phénomène : 33% des 6518 répondant·e·s estiment avoir besoin d’une aide financière pour financer leurs protections périodiques.

Car être menstrué·e alourdi un budget étudiant souvent maigre. Or la charge financière de l’achat de protections revient à l’étudiant·e dans 55% des cas selon l’enquête. La dépense moyenne pour les protections uniquement est entre 5 et 10€ par mois pour 46% d’entre elles et eux, et pour la moitié des étudiant·e·s viennent s’ajouter d’autres dépenses (médicaments antidouleurs, achat de vêtements, sous-vêtements, literies) allant jusqu’à plus de 20€ par mois.

Des impacts sur la santé physique et mentale et sur la vie sociale

Celles et ceux qui n’ont pas les moyens suffisants recourent à d’autres solutions : un·e étudiant·e menstrué·e sur dix fabrique ses protections pour des raisons financières, et un.e sur vingt utilise du papier toilette. Mais les conséquences de la précarité menstruelle peuvent aller plus loin : 13% des répondant·e·s déclarent ainsi avoir déjà dû choisir entre des protections et un autre objet de première nécessité.

« Si je n’avais pas à prendre en charge ces coûts je pourrais manger à ma faim », déclare un·e participant·e à l’enquête. « Je pourrais payer mon loyer ou la fac sans être angoissée à chaque fin de mois », témoigne une autre. Certain·e·s étudiant·e·s renoncent également à des sorties, et un·e étudiant·e sur dix déclare avoir déjà du manquer un cours ou le travail par peur des fuites et que leurs règles soient vues. Le manque d’accès à des médicaments ou à un soutien médical pour traiter les douleurs, l’endométriose ou les syndrômes pré-menstruels invalident encore plus les personnes concernées. La précarité menstruelle a donc des impacts physiques, mentaux et sociaux néfastes pour les étudiant·e·s les plus précaires.

En finir avec la précarité menstruelle

En France, un budget de 5 millions d’euros est dès à présent alloué par l’Etat pour lutter contre ce phénomène, mais les fonds ne sont malheureusement pas fléchés vers les étudiant·e·s, pourtant l’un des publics les plus précaires en France.

Pour l’heure, les associations étudiantes se mobilisent sur le sujet : la FAGE et son réseau proposent, notamment au sein des épiceries sociales et solidaires AGORAé, des distributions régulières de protections périodiques aux étudiant·e·s bénéficiaires. De plus, certaines universités ont installé des distributeurs de protections en libre-service ou organisent des distributions. « Ces dispositifs, encore bien trop rares, sont à élargir à l’ensemble des établissements d’enseignement supérieurs ainsi que dans les Résidences Universitaires, afin de rendre les protections périodiques accessibles à toutes et à tous », explique Paul Mayaux, Président de la FAGE.

Des solutions au long terme peuvent aussi être envisagées, par exemple la mise en œuvre d’une enveloppe financière pouvant être distribuée à chaque personne menstruée prenant en compte l’intégralité des dépenses de l’année. En effet, presque la moitié des répondant·e·s estiment que les protections devraient être prises en charge par la sécurité sociale. « Une aide financière calculée sur les frais réels engendrés par les menstruations permettrait aux étudiant·e·s de se fournir en protections en choisissant ce qui leur convient au mieux. Certaines mutuelles ont déjà mis en place un dispositif de remboursement mais 4 étudiant·e·s sur 5 n’ont pas connaissance de cette possibilité », révèle Fanny Toussaint, Présidente de l’ANESF.

La précarité menstruelle est un enjeu de société fondamental, lié aux inégalités de genre et aux tabous qui entourent les règles. Pour lutter efficacement contre ce phénomène, d’autres mesures plus globales sont nécessaires, telles que l’amélioration de la sensibilisation et de la prévention sur les règles et les maladies qui y sont associées, dans un cadre scolaire, mais aussi périscolaire et universitaire ; l’obligation pour les entreprises de rendre publique la composition des protections et la révision des normes sanitaires et l’interdiction des produits nocifs au niveau français et européen.

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