Trois questions à une élue : Haiata, Polynésie française

Haiata Poherui, en troisième année de Licence LLCER Langues Polynésiennes, est élue à la Commission de la formation de la vie universitaire à l’Université de la Polynésie française. Elle revient sur son engagement avec Avenir Etudiant, sur le rôle des élu.e.s FAGE en Polynésie et sur comment la crise sanitaire a impacté son travail.

Qu’est-ce que tu préfères dans ton mandat d’élue ?

Quand je me suis engagée dans Avenir Etudiant FAGE il y a trois ans maintenant, je ne pensais pas devenir représentante étudiante au sein de la CFVU de l’Université de la Polynésie française (UPF) un jour. Lorsqu’on m’a demandé d’intégrer la liste pour l’élection à la CFVU il y a deux ans, c’est un peu par curiosité, je l’avoue que je me suis lancée dans l’aventure. Aujourd’hui, après deux années de mandature, j’en sors grandie et fière de ce que nous, l’équipe d’Avenir Etudiant, avons accompli ensemble.

Ce que je préfère dans mon mandat c’est bien sûr d’être au cœur de l’action, d’être à l’écoute des étudiant.e.s, attentive aux problèmes qui perturbent leur quotidien et d’y apporter des solutions viables pour que chacun puisse se consacrer pleinement à leurs études. Être « élu(e) » n’est pas un métier mais une véritable vocation. J’ai puisé, dans mon histoire personnelle d’étudiante, la force d’aller plus loin dans la défense de la cause estudiantine. À un moment donné de ma vie d’étudiante, j’ai été en conflit avec l’UPF qui ne voulait pas m’autoriser à m’inscrire en première année de licence langues, littératures et civilisations étrangères régionales parcours langues polynésiennes, au motif que je venais d’une formation BTS. C’est ma rencontre avec Avenir Etudiant FAGE qui a, d’une certaine manière, bouleversé ma vie. Les responsables de l’époque, comme Rohotu TOM SING VIEN, l’ancienne présidente du syndicat ou encore Léo PUPUTAUKI, qui nous conseille et nous manage encore aujourd’hui, ont tout fait pour que je puisse être inscrite à l’UPF en intervenant directement auprès des instances de l’Université. Aujourd’hui, pour moi, et toute l’équipe d’Avenir Etudiant FAGE, la force de notre engagement c’est le bien être bien être de chaque étudiant.e.

Comment ça se passe quand on est élue à l’autre bout du monde ?

Je pense que ça se passe comme en France à ceci près que l’UPF ce n’est que 3500 étudiant.e.s. 

La particularité de la Polynésie, c’est notre statut d’autonomie qui complexifie un peu plus la problématique de la vie étudiante. En effet, chez nous, l’Etat est compétent en matière d’enseignement supérieur, par contre, toutes les composantes de la vie étudiante, comme le logement, les transports, la culture, les aides sociales, sont de la compétence du Pays (terme utilisé pour désigner le territoire de la Polynésie française).

Être élue étudiante d’une université n’est pas suffisant à ce niveau-là pour intervenir auprès des différentes institutions. Les huit années d’expérience d’Avenir Etudiant FAGE, qui regroupe les principales associations étudiantes de Polynésie, et surtout le soutient au niveau national de la FAGE, font qu’aujourd’hui nous sommes la seule structure étudiante en Polynésie française qui ait suffisamment de poids pour faire entendre la voix estudiantine au niveau des institutions du Pays, de l’Etat et aussi des communes.

A cause de notre particularité institutionnelle, les étudiants de Polynésie n’ont pas de CROUS. C’est un véritable parcours du combattant entre les différents services qui gèrent les logements, les transports, les bourses, les aides sociales, etc…, chacun d’eux ayant, évidement, leurs propres formulaires réclament quasiment les mêmes justificatifs. En tant qu’élu.e.s en Polynésie, nous jouons souvent le rôle d’accompagnateur.ice.s des étudiant.e.s qui se retrouvent souvent au bout de leur vie dans ce dédale administratif. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Avenir Etudiant FAGE a décidé de mettre en place une cellule chargée de la vulgarisation des dispositifs à destination des étudiant.e.s. Nous sommes d’ailleurs en train de préparer un guide de l’étudiant.e pour la prochaine rentrée universitaire. En parallèle, depuis 2018, nous avons été au cœur de l’élaboration, avec l’UPF, l’Etat et le Pays d’un dispositif type CROUS en Polynésie. Nous sommes particulièrement fier.e.s du travail que nous avons fait depuis trois ans maintenant, puisque nous arrivons au bout du tunnel. En effet, la ministre de l’Education du gouvernement polynésien (oui, nous avons un gouvernement avec un Président et des ministres), dans son discours en novembre 2020 devant les représentants de l’Assemblée de la Polynésie française avait annoncé le déploiement de ce guichet unique courant 2021.

En quoi la crise sanitaire a changé ton travail ?

Toutes les actions que nous avions prévues, tant au niveau d’Avenir Etudiant FAGE qu'au celui de l’UPF ont été annulées. À l’Université, nous avons dû nous réunir en urgence pour prendre les mesures nécessaires pour adapter les cours à la crise sanitaire et répondre aux problèmes de la gestion du quotidien engendrés par cette dernière et auxquels les étudiant.e.s les plus en difficulté allaient être confronté.e.s.

En tant que présidente de l’Association des Résidents du Centre d’Hébergement Etudiant (CHE) d’Outumaoro (ARCHE Outumaoro), j’ai sollicité le soutien logistique d’Avenir Etudiant FAGE pour gérer le confinement des étudiants en résidence hors campus. Grâce à son intervention auprès des autorités du Pays, les résident.e.s en confinement ont bénéficié d’un repas gratuit par jour pendant cette période difficile. Avenir Etudiant FAGE a également mis en place un service de transport à l’hypermarché, une fois par semaine, pour que les étudiant.e.s puissent se ravitailler.

Après la période de confinement, lorsque la COVID est revenue en force en Polynésie, je suis intervenue avec Avenir Etudiant FAGE auprès des instances du Pays pour prévoir une zone d’isolement spécifique pour les étudiant.e.s en résidence au sein-même du CHE. Depuis le mois d’octobre 2020 je suis la responsable de la gestion du bâtiment G qui sert de lieu d’isolement spécifique pour les résident.e.s du CHE positif.ve.s à la COVID, et l’interface entre le Bureau de Veille Sanitaire (BVS) en charge du suivi des étudiant.e.s malades et l’Office Polynésien de l’Habitat (OPH) établissement public du Pays, gestionnaire du CHE. 

Plus concrètement, je me suis occupée des étudiant.e.s positif.ve.s à la COVID que j’installais dans le bâtiment G. j’ai géré les repas des malades avec le prestataire de service et je me suis également occupée des parents des étudiant.e.s en isolement inquiets de l’état de santé de leurs enfants. Savoir rassurer les parents, les étudiant.e.s eux-mêmes mais surtout, garder la tête froide malgré les critiques et les échecs ont été une nouveauté pour moi car oui, parfois, j’étais critiquée, insultée et je pleurais mais lorsque le dévouement y est, les mots « difficultés », « défis », « peurs » ne restent que des mots. Comme dis souvent mon père « Douleur, tu n’es qu’un mot ».

Je n’étais pas préparée à cela, qui l’aurait été d’ailleurs, personne dans le monde n’était prêt.e à une telle pandémie. Nos parents et grands-parents ont vécu des situations pires encore à leur époque, donc nous sommes également capables de surmonter cette crise sanitaire. Ce que je retiens de cette période de crise sanitaire, qui n’est pas encore terminée mais qui tend à s’estomper chez nous, c’est beaucoup d’humilité et d’empathie face une précarité étudiante galopante en Polynésie. L’unité et le soutien de la famille a toujours été un principe fondamental inscrit dans l’ADN de la culture M?'ohi (polynésienne). La pandémie a affecté ce fondement et ça se voit notamment pour les étudiant.e.s qui quittent leurs îles éloignées pour rejoindre Tahiti pour poursuivre leurs études en établissement d’enseignement supérieur.

La création de E’ORA (« E’ » pour Etudiants et « Ora » qui signifie « la vie » en tahitien) par Avenir Etudiant FAGE en juillet 2020, l’AGORAé polynésienne, a pour objectif de venir compenser ce bouleversement culturel en proposant un accès à une épicerie solidaire mais aussi un réseau de personnes qui peuvent intervenir rapidement auprès des étudiant.e.s en difficulté. Grâce à une aide financière de la FAGE, E’ORA a pu intervenir rapidement pour fournir aux étudiants dans le besoin des paniers repas. Merci à la FAGE pour ce soutien précieux.

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