RETOUR SUR LA COP26 : Portrait de jeunes engagé·e·s au cœur du sommet de Glasgow

16/12/2021

Durant les 2 semaines précédentes s’est déroulé la COP26 à Glasgow. Des centaines de jeunes ont pu s’y rendre pour assister aux négociations. Parmi eux des militant·e·sengagé·e·s auprès d’organisations comme les Jeunes Ambassadeurs pour le Climat (JAC), CliMates ou encore le RESES mais aussi des étudiant·e·sen cursus spécialisé sur l’environnement ou de jeunes chercheur·se·s.

La COP26 ou 26ème Conférence des Parties est un espace d’échanges et de négociations pour des conventions internationales. Organe de décision suprême des conventions, qu’il s’agisse de lutter contre les changements climatiques, en faveur de la diversité biologique ou contre la désertification, les conférences des parties sont l’occasion pour les États d’avancer ensemble en tendant vers la réalisation d’objectifs communs comme les sont les Objectifs de Développement Durable par exemple.

La FAGE, 1ère organisation représentative étudiante, s’engage aussi dans la lutte contre le changement climatique. Que ce soit par le biais de notre plaidoyer en faveur de l’intégration des thématiques de transition écologique au sein de chacune de nos formations ou pour des campus plus durables, il nous appartient également de pouvoir valoriser et promouvoir l’engagement de celles et ceux qui se mobilisent pour un futur meilleur.

C’est pourquoi la FAGE a échanger avec plusieurs de ces jeunes ayant assisté à la COP26. Certains sont intervenus durant les Journées Nationales de l’Innovation (JNIS) auprès des services civiques de notre réseau et il vous est proposé aujourd’hui de partir à la rencontre de l’une de ces jeunes au travers d’une brève interview.

LA FAGE : Peux-tu te présenter rapidement, ton parcours et tes engagements ?

Anna Antraygues : Je m’appelle Anna Antraygues, j’ai grandi en Auvergne et après une classe prépa, j’ai intégré AgroParisTech, école d’ingénieur agronome, en 2019. Je suis aujourd’hui en césure et j’entrerais en 3ème et dernière année à la rentrée prochaine. J’ai envie de travailler « pour l’environnement » depuis le lycée et les marches climat. Le sujet est très vaste et l’école m’a donné une vision large des questions environnementales tant économiques, politiques, que d’ingénieries. Je me suis investie dans la Junior-Entreprise de mon école au sein de laquelle j’ai notamment participé à l’implémentation d’un modèle de comptabilité écologique. J’ai aussi été vice-présidente de l’association du NOISE AgroParisTech (Nouvel Observatoire de l’Innovation Sociale et Ecologique) au sein de laquelle nous sensibilisons, formons, impliquons les étudiants à la transition écologique et sociale et travaillons à celle de l’école. Sinon, j’adore découvrir Paris, sa culture, ses bars et son milieu militant. J’aime beaucoup les tiers-lieux et comprendre leur fonctionnement et les liens sociaux qui se construisent en leur sein. Je me renseigne beaucoup sur la politique, les projets écologiques et de réduction des inégalités des différents partis. Enfin, je suis profondément féministe et j’adore lire et débattre de ces sujets.

La FAGE : Tu as eu l’occasion de participer à la COP26, comment et pourquoi ?

A. A. : AgroParisTech a eu une accréditation pour la 1ère fois cette année et mes engagements au sein du NOISE AgroParisTech m’ont permis d’être sélectionnée pour partir à la COP26. Au premier abord, la COP26 ne m’intéressait pas car ses enjeux étaient trop éloignés de mes objectifs et engagements personnels. Cependant, au vu de l’opportunité qui s’offrait à moi de découvrir un processus de décision internationale sur le climat, j’ai accepté. Ne me sentant pas légitime, j’ai énormément réfléchi à comment partager au mieux cette expérience avec les autres étudiants de mon école.

La FAGE : A quoi ressemblait ton quotidien à Glasgow, de ton lieu d’hébergement à ton planning quotidien ?

A. A. : Je suis restée du lundi 8 novembre au vendredi 12 novembre. Je me levais à 6h pour arriver à la COP entre 8h et 8h30 selon les temps de transports et la queue. Nous planifions nos journées dans les transports car les plannings n’étaient pas complets en avance. Nous rentrions en général vers 23h (on ne se privait pas d’une bière dans un pub écossais quelques soirs avec d’autres français). Les deux premiers jours étaient très intenses et j’ai enchaîné les conférences et plénières des politiques. Ces événements étaient intéressants pour l’ouverture internationale qu’ils donnaient sur beaucoup de thèmes comme les migrations climatiques, l’exclusion des peuples autochtones, l’égalité des genres et l’inclusion des jeunes ainsi que par les connaissances qu’ils apportaient sur des sujets que je traite moins dans mes études comme les transports ou l’énergie. Cependant, les conférences restaient trop souvent à mon goût du greenwashing et abordaient les sujets en surface. Ainsi, en seulement 48 heures, nous avions déjà un regard très critique de la COP et commencions à percevoir réellement ce qui s’y passait. Les 3 jours restants étaient plus centrés sur des rencontres et des discussions avec des politiques, scientifiques ou d’autres jeunes. Je me suis rendu compte que j’apprenais beaucoup plus à travers ces échanges sur ce qu’il se passait dans les salles de négociations, auxquelles nous avions très peu accès en tant qu’observateurs.

« LES CONFÉRENCES RESTAIENT TROP SOUVENT À MON GOÛT DU GREENWASHING ET ABORDAIENT LES SUJETS EN SURFACE […] EN SEULEMENT 48 HEURES, NOUS AVIONS DÉJÀ UN REGARD TRÈS CRITIQUE DE LA COP »

Ensuite, nous ne sommes pas toujours passifs à la COP. Par exemple, il est possible d’organiser des actions militantes au sein de l’espace de la COP où politiciens, négociateurs, presse et société civile se promènent sans arrêt par milliers. Petit point intéressant, une personne seulement a la charge de gérer toutes les actions militantes au sein de la COP. C’est très difficile de le contacter pour avoir son accord et faire rentrer des cartons et pancartes. En revanche, une fois cela fait, les petites manifestations sont autorisées dans les couloirs, pour un certain temps et un certain nombre de personnes, mais ça peut jouer tout de même. Les négociateurs sont vigilants aux réactions de la société civile. D’autant plus que des groupes de travail se réunissent chaque matin entre les constituantes des Nations Unies (les constituantes permettent de représenter un type de population comme la jeunesse ou de métier comme les chercheurs lors des négociations). Ces dernières regroupent des spécialistes des négociations et sont écoutées (pas toujours entendues) par les négociateurs. Les réunions sont très ouvertes et il est possible d’y agir de multiples manières.

La FAGE : Quel est ton ressenti par rapport aux décisions et accords qui ont pu être pris ?

A. A. : La COP est une expérience très riche à vivre que je recommande si l’occasion se présente à vous. Elle peut en fait être séparée en 2 événements très distincts selon moi : les négociations et des événements parallèles qui nous distraient souvent des décisions qui sont en train d’être prises. Chacun à la COP, vit une expérience différente selon ses sensibilités, son envie d’action, ses connaissances des sujets et surtout son badge (observateur, presse ou Partie).

Ce que je retiens c’est que malgré des engagements pertinents pour la réduction des émissions de méthane, l’arrêt de la déforestation, le doublement du financement destiné à l’adaptation au changement climatique ou encore les contributions nationales déterminées réhaussées ou annoncées pour certains pays comme l’Inde ; l’objectif de 1.5° n’est pas atteint, les droits humains et l’égalité des genres sont retirés des textes et les pays du Sud n’ont pas de solution pour faire face aux effets du changement climatique. 

« MALGRÉ DES ENGAGEMENTS PERTINENTS […] L’OBJECTIF DE 1.5° N’EST PAS ATTEINT, LES DROITS HUMAINS ET L’ÉGALITE DES GENRES SONT RETIRÉS DES TEXTES ET LES PAYS DU SUD N’ONT PAS DE SOLUTION POUR FAIRE FACE AUX EFFETS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE »

J’ai la sensation, de par les échanges que j’ai eus, que les négociateurs et habitués des décisions politiques climatiques, sont optimistes face aux avancées constatées sur certains points. Leur optimisme s’entend car chaque décision est prise par consensus des 196 pays, aux intérêts et enjeux tellement divergents. Cependant, malgré les efforts annoncés (attention, on n’est même pas sûr qu’ils seront réellement appliqués), la trajectoire des 1.5° n’est pas atteinte, ce qui engendrera des catastrophes dont nous ne connaissons que trop bien les effets.

La FAGE : Si tu avais un message à adresser aux gouvernements quel serait-il ?

A. A. : Les gouvernements doivent prendre des décisions sur le court terme, dans leur champ d’action, et pas pour dans 30 ans quand ils n’auront plus les clés en main. Les gouvernements des pays industrialisés doivent accompagner financièrement les pays du Sud et les pays les plus vulnérables face au changement climatique. Ils doivent rapidement dire stop aux énergies fossiles et cela commence par arrêter d’inviter les lobbies de ces énergies à la COP. Ils doivent aussi réfléchir à une réduction mondiale des émissions de gaz à effets de serre et pas seulement à la réduction des émissions de leur pays. Enfin, ils doivent commencer à écouter les citoyennes et citoyens qui débordent d’idées, d’énergie, de pouvoir d’organisation face à des enjeux comme celui du changement climatique.

« LES GOUVERNEMENTS DOIVENT COMMENCER À ÉCOUTER LES CITOYENNES ET CITOYENS »

La FAGE : Assister à un COP est une expérience unique pour une jeune engagée, qu’est-ce que cela t’a apporté ?

A. A. : Je pense que cela m’a permis une ouverture d’esprit face à des populations délaissées par notre société capitaliste et colonialiste. Une compréhension réelle des positions de certains pays, des points bloquants, de la place des lobbys et du greenwashing dans ces événements.

Mais surtout, l’envie d’agir encore plus, l’optimisme face à certaines avancées certes minimes mais présentes quand même. L’envie aussi de sortir de ce cadre de personnes sensibilisées et mobilisées pour en toucher un plus grand nombre, convaincue par la force du peuple pour inverser la tendance de nos émissions de gaz à effet de serre et atteindre la trajectoire des 1.5°.

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