Garantie Jeunes : de la généralisation à l’universalisation

07/12/16

Emploi des jeunes : un constat alarmant et des solutions innovantes

Avec un taux de chômage avoisinant les 25 %, les jeunes apparaissent aujourd’hui comme la population la plus durement frappée par la dépression économique durable qui dure depuis 2008. Mais au sein même d’une population déjà fragilisée par la crise, les inégalités se creusent entre les jeunes diplômés et les jeunes sortis de l’institution scolaire sans diplôme connaissant de durables difficultés d’insertion. Alors que l’exclusion sociale, la précarité et la peur du déclassement frappent une part croissante des 18-25 ans, il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire que les pouvoirs publics et la société civile agissent de concert pour lutter durablement contre l’isolement et la pauvreté d’une population qui, privée des minimas sociaux, ne dispose d’aucun filet de sécurité.

C’est partant de ce constat alarmant qu’est lancée en 2014 par l’Union Européenne, la « garantie jeunesse » qui répond à un programme d’urgence en matière d’emploi des jeunes dans l’ensemble des Etats membres, et débouche la même année sur une expérimentation en France de la « Garantie Jeunes » dans 10 départements, avant de s’étendre et de se généraliser en 2016. Mis en œuvre par le réseau des Missions Locales pour l’emploi des jeunes, la Garantie Jeunes est un mélange d’accompagnement collectif et individuel adossé à une allocation permettant aux jeunes accompagnés de survivre. Reposant sur une stratégie d’empowerment par l’accompagnement renforcé des jeunes les plus fragiles et comblant les lacunes laissées par l’absence de minimas sociaux pour les moins de 25 ans, la Garantie Jeunes offrait dès la première année des résultats encourageants.

Premiers résultats encourageants et généralisation territoriale

C’est en mars 2016, lors des discussions entourant le projet de loi El-Khomri dans l’objectif d’améliorer la situation des jeunes sans emploi ni formation que la FAGE a obtenu la généralisation du dispositif de Garantie Jeunes sur l’ensemble du territoire au 1er janvier 2017, dans l’objectif d’une universalisation progressive. A un mois de cette généralisation territoriale, alors que le nombre de bénéficiaires a dépassé les 100 000 jeunes, le comité scientifique de suivi de la Garantie Jeunes publie en novembre 2016 un rapport intermédiaire permettant de dresser un premier constat.

Le rapport intermédiaire du comité scientifique de suivi de la garantie jeunes met en avant plusieurs données éclairantes :

  • L’étude des caractéristiques sociales des bénéficiaires montre ainsi que le dispositif a effectivement atteint le public visé : 27 % des bénéficiaires déclarent avoir déjà connu une situation financière difficile, et 33 % des problèmes de logement.

  • La mise en œuvre diffère très largement d’une mission locale à une autre, celles-ci connaissant des réussites comme des difficultés, mettant en lumière le rôle positif de l’accompagnement collectif tout en soulignant la fragilisation du modèle économique des missions locales par un dispositif très coûteux.

  • Enfin, l’étude montre un impact significatif sur le retour à l’emploi des jeunes précaires accompagnés par la garantie jeunes avec un taux d’emploi total de 31,9 % à 14 mois après le début du programme Garantie Jeunes, mettant en avant un différentiel de +11,5 points par rapport aux jeunes précaires n’ayant pas bénéficié de la garantie jeunes.

Pour un droit commun dans l’accompagnement des jeunes : de la généralisation à la Garantie Jeunes Universelle

Si le constat est encourageant et préfigure une généralisation effective en 2017, l’enjeu de l’universalisation nécessite aujourd’hui de poursuivre la montée en charge de la Garantie Jeunes tout en maintenant l’effectivité du dispositif par un accompagnement renforcé dont les missions locales sont les garantes. Plus encore, la généralisation ne saurait être suffisante, tant la diversité des profils et la complexité des dispositifs tendent à limiter l’efficacité de la lutte contre la précarité et l’exclusion des jeunes, notamment les plus fragiles.

La FAGE considère ainsi que l’accès à l’emploi stable et digne reste le premier vecteur d’émancipation et revendique pour se faire une véritable protection sociale du XXIème siècle qui permet non seulement un filet de sécurité pour lutter contre l’exclusion des jeunes, mais aussi des dispositifs garantissant la sécurisation des parcours plus fractionnés, dans une société en mutation constante.

Aide à la Recherche du Premier Emploi, Aide à la Recherche d’Emploi, Parcours Contractualisé d’Accompagnement vers l’emploi et l’autonomie : la multiplicité et la complexité des dispositifs accentuent le non-recours à l’accompagnement et aux aides sociales, tout en rangeant arbitrairement les jeunes dans des catégories distinctes. Il est dès lors indispensable de mettre fin aux logiques de dispositifs et de partir de la Garantie Jeunes, véritable innovation politique et sociale qui prouve aujourd’hui son efficacité, pour construire du droit commun en faveur des jeunes, trop longtemps exclus des dispositifs de protection sociale.

Le non-recours à la protection sociale ne faisant qu’accentuer des inégalités déjà particulièrement marquantes parmis les jeunes, et il faut dès lors coupler une approche universelle de la protection sociale par le droit commun, et une approche territoriale et individualisée, pour garantir l’accès de tous les jeunes à l’emploi stable et digne, condition nécessaire de l’émancipation de chacun.

Dès lors, un dispositif de Garantie Jeune Universelle permettant aux jeunes de gérer les phases de transition dans des parcours de vie plus fractionnés, apparaît comme une évidence : de la formation à l’emploi, ou d’un emploi à l’autre, une Garantie Jeunes Universelle incluant tous les jeunes dans un accompagnement personnel et financier jouerait à la fois le rôle d’un filet de sécurité et d’un accompagnement permettant aux jeunes de construire leurs parcours comme ils l’entendent, alternant entre emploi et formation, véritable condition de l’autonomie et de l’émancipation.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous améliorer votre navigation et réaliser des statistiques de visites.

En savoir plus et paramétrer les cookies