Réforme du baccalauréat : des annonces très éloignées des ambitions portées par la FAGE

28/02/18

Le 14 février dernier, Jean-Michel Blanquer, Ministre de l'Education Nationale a présenté lors d'une conférence de presse le nouveau visage du baccalauréat qui verra sa première promotion diplômée en juin 2021. A l'issue de plusieurs mois de concertation et d'un rapport, ces annonces étaient très attendues par la communauté éducative.

Cette réforme est essentielle, car elle doit permettre de limer les fortes inégalités du lycée d'aujourd'hui. Elle doit mettre en capacité chaque lycéen de colorer son parcours en fonction de ses aspirations et de lui permettre de se projeter pour anticiper sa poursuite d'études. Les défauts de notre système d'orientation sont un des facteurs à l'origine de l'échec et de l'abandon massif en licence.

Nous en savons dorénavant plus sur la proposition de réforme : Le baccalauréat 2021 reposera pour une part sur un contrôle continu et pour une autre part sur des épreuves terminales. L'épreuve anticipée écrite et orale de français se déroulera comme aujourd'hui en fin de première. En terminale, deux épreuves écrites portant sur les disciplines de spécialité auront lieu au printemps et deux épreuves se dérouleront en juin : l'écrit de philosophie et l'oral préparé au long des années de première et terminale. Le contrôle continu sera composé d'épreuves communes organisées pendant le cycle terminal.

L'organisation du lycée, comme les programmes d'enseignements, va évoluer. Il offrira trois types d'enseignements :

  • Un socle de culture commune.

  • Des disciplines de spécialité choisies par l'élève et s'accentuant entre la première et la terminale (trois disciplines en classe de première puis deux en terminale parmi les trois suivies en première).

  • Un temps d'aide à l'orientation tout au long du lycée pour préparer les choix de parcours et, à terme, l'entrée dans l'enseignement supérieur. Les élèves seront accompagnés selon les horaires prévus dans le cadre des marges d'autonomie des établissements (groupes à effectifs réduits, pédagogie différenciée, MOOC, etc.).

La FAGE insiste sur la nécessité de permettre à tous les lycées de mettre en place chacune des spécialités et chacune des options et garantir ainsi l'équité territoriale. Le calendrier scolaire doit pouvoir offrir à chaque lycéen la possibilité d'articuler les spécialités comme il le souhaite, et ne pas se voir imposer un couple de spécialité à cause d'une mauvaise articulation entre les modules.

Des questions se posent quant à la composition du tronc commun et l'absence de matières scientifiques dures et l'effet pénalisant que cela pourrait avoir sur la culture commune et le socle commun de compétences essentiel à chacun.

Il n'y aura plus de série en voie générale mais des parcours choisis par chaque lycéen en fonction de ses envies et projets. La voie technologique, elle, conserve son organisation actuelle en séries. Des ajustements seront apportés pour proposer un socle de culture commune articulé avec les enseignements de spécialité et l'aide à l'orientation.

La FAGE n'a cessé de rappeler l'importance de voir l'institution qu'est le baccalauréat réformé. Cependant, elle allait plus loin en affirmant la nécessité de ne pas s'arrêter au diplôme mais de bien s'attaquer, réellement, à l'ensemble du cycle lycée. Nous constatons depuis de nombreuses années maintenant l'effet inégalitaire qu'introduit notre système éducatif. Le baccalauréat, tel que mis en place aujourd’hui, est le principal facteur de l’archaïsme régnant sur l’organisation pédagogique du lycée.

Ainsi, la réforme proposée ici est beaucoup trop timide et loin des ambitions portées par la FAGE. En effet, la FAGE milite depuis toujours pour un lycée plus modulaire, permettant à chaque jeune de construire son parcours de manière cohérente tout en laissant place à la possibilité d'évoluer tout au long de sa scolarité, en renforçant le lien -3/+3, trop oublié dans les annonces. De plus, le flou persiste autour de la possibilité pour un lycéen de changer de spécialité entre la première et la terminale, et n'est pas rendu possible en court d'année par l'abandon de la semestrialisation.

La FAGE milite également contre la logique du contrôle terminal, générant un phénomène de "bachotage" pour aller vers une évaluation tout au long du cursus, progressive et continue. Ici, les 60% de contrôle terminal reste largement trop important, et les 30% d'évaluation en cours de formation s'apparente en réalité à des partiels trois fois dans l'année.

Ensuite, les annonces du Ministre concernent principalement le baccalauréat général et impactent de manière infime la filière technologique. Le baccalauréat professionnel quant à lui fait l'objet d'un autre rapport. La FAGE ne peut que regretter ce choix. En effet, il était primordial d'opérer une réforme globale du lycée dans l'objectif de lutter contre la reproduction sociale et de favoriser les parcours évolutifs et les passerelles. La seconde commune, regroupant les actuelles filières professionnelles, générales et technologiques, proposée par la FAGE était un moyen d’assurer avec l'accompagnement nécessaire, un choix plus éclairé pour chaque lycéen.

La FAGE rappelle l'impérieuse nécessité de mettre en cohérence la réforme du baccalauréat et du Plan Etudiants, pour concrétiser un véritable continuum -3/+3, une articulation cohérente entre lycée et licence qui garantisse à chaque néo-bachelier une place et toutes les chances pour réussir des études supérieures.

Enfin, la FAGE salue l'introduction du temps d'aide à l'orientation dans le parcours de chaque lycéen, tout en restant vigilante sur les modalités de mise en application. En effet, chaque lycée doit pouvoir mettre en place ces créneaux en respectant les horaires prévus et sans concurrence avec les autres enseignements.

Œuvrer pour l’égalité des chances de réussite, c’est donner à chacun les outils pour réussir dans des études de qualité, et de s’orienter dans une filière qui répond à l’enjeu d’émancipation de l’individu en rompant avec les déterminismes sociaux et économiques. Nous appelons donc le Ministre Blanquer à poursuivre ses réformes sur l'intégralité de l'enseignement secondaire et à ne pas succomber aux sirènes du conservatisme qui ne peut conduire qu'à conserver le système profondément injuste, en particulier pour les plus démunis.