Dossier spécial : Retour sur un mois de mobilisation pour la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité

03/04/2019

Le mois de mars, pour la 2ème année consécutive, fut marqué par de multiples actions dans le réseau de la FAGE contre les discriminations. La fin du mois est donc l’occasion de revenir en détails sur certains types de discriminations et sur l’action de la FAGE.

Le mois de mars, pour la 2ème année consécutive, fut marqué par de multiples actions dans le réseau de la FAGE contre les discriminations. La fin du mois est donc l’occasion de revenir en détails sur certains types de discriminations et sur l’action de la FAGE.

Aujourd’hui, un tiers de la population active déclare avoir déjà été victime de discrimination. Les critères peuvent être multiples : genre, origine, religion, handicap, identité de genre, état de santé, mœurs, situations liées à la catégorie socio-professionnelle...

Ces discriminations traduisent une peur, une ignorance de l’autre menant à la construction de représentations faussées qui nourrissent aujourd’hui nos cultures, une telle intégration menant à des comportements d’exclusion, voire de violences envers les personnes visées. Mais cela commence par des propos, des situations ou des comportements, qui vont se banaliser sans savoir les conséquences que cela peut avoir sur la victime.

Le mur d'expression

A l’occasion de la mise en place d’un mur d’expression dans un lieu de passage pour les associatifs du réseau de la FAGE, certains militants témoignent d’attitudes négatives qu’ils ou elles ont subi.

Une question était posée sur ce mur d’expression :

Vous avez déjà subi ou assisté à une situation discriminante ? Vous pouvez témoigner ici :

“C’est pas pareil, t’es un bon arabe”

“T’es une fille, pourtant t’as des couilles”

“Mes impôts, c’est pas pour payer ton accès à l’université” (étudiant en situation de handicap)

“Madame, n’oubliez-pas que vous êtes une étrangère dans ce pays”

“Tu rentres comme ça avec ton p’tit short ? Tu vas faire le trottoir ? Salope!”

“T’as des cheveux sous ton voile ?”

“ Un jour où j’ai un peu trop bu, mes amis (hommes) m’ont mise dans un taxi pour rentrer chez moi en plein milieu de la soirée parce que j'étais "trop bourrée” et que je voulais dormir chez un gars (avec qui j’avais l’habitude de dormir), alors que personne ne leur dit jamais rien quand il s’agit d’eux”

“Mais non, c’est pas à ton frère de faire la vaisselle”

Parmi les premiers facteurs de discrimination nous retrouvons notamment le sexe, l’origine et le handicap.

Focus sur ces différents critères et sur les actions de la FAGE sur ces thématiques :

Lorsque le sexe est un critère de discrimination :

Encore aujourd’hui nous nous retrouvons avec un écart de salaire de 25% entre les femmes et les hommes, et le phénomène du “plafond de verre”, qui freine la montée des femmes dans les postes à responsabilités est visible aux yeux de tous. Ces faits observables se fondent sur le sexisme et se retrouve dans tous les domaines : travail, associatif, scolarité, vie quotidienne... On a tendance lorsqu’on parle du sexisme à se représenter des injures, sifflements dans la rue, écarts de salaires... des choses bien visibles dans la société. Or, le sexisme peut être plus subtil et n‘est pas forcément visible : cela peut être des expressions, des comportements méprisants. Il instaure une hiérarchie entre les sexes au détriment des femmes et se traduit par des rapports de force, toujours justifiés par une autre raison. Les femmes par exemple vont être missionnées pour des tâches plus techniques et internes, tandis que les hommes seront garants de la représentation politique, d‘une structure avec des postes à responsabilités. Ce phénomène se ressent également dans les prises de parole en public ou dans les médias : on remarque en effet une inégalité d’accès à la parole, avec une moindre intervention des femmes lors d’assemblées par exemple, et un moindre temps qui leur est accordé. Souvent cela est accentué par le fait qu’une femme va moins intervenir seule sur une présentation, ou qu’un homme aura plus tendance à “empiéter” sur un sujet qu’est censée présenter une femme.

La FAGE soutient des mesures pour améliorer ces inégalités à commencer par la parité dans la gouvernance de l’enseignement supérieur. De même, elle veut mener au sein de son réseau notamment à travers son kit “promotion de l’égalité femmes / hommes”, un questionnement sur ses pratiques concernant la place des femmes, que ce soit au niveau des responsabilités ou de la représentation.

Cette société patriarcale n’a pas comme seule conséquence ces inégalités de salaire ou de représentation. Elle est à l’origine d’une culture du viol alimentée par l’environnement social et familial et surtout les médias, qui entretiennent cette image de “femme-objet”, à l’origine de la banalisation des violences sexistes et sexuelles. De fait, aujourd’hui une femme sur 7 déclare avoir déjà été victime de violences sexistes et sexuelles et 94 000 femmes en moyenne sont victimes de viol ou de tentative de viol sur une année. Concernant le monde du travail, 20% des femmes déclarent avoir été victime de harcèlement sexuel au cours de leur vie. Malgré la mise en lumière de ces faits, il reste important de sensibiliser une grande partie de la population, et de déculpabiliser les victimes qui sont malheureusement tenues pour “en partie responsables” et peu écoutées.

C’est pour lutter contre ces violences et permettre à chacun.e d’être accompagné.e dans ces situations que la FAGE travaille sur le développement de cellules d’écoutes et d’accompagnement pour les étudiant.e.s victimes de violences sexistes et sexuelles. Plus que cela, elle souhaite développer cela au sein de son réseau, dans la vie associative de tous les jours comme lors d’évènements étudiants, en formant les associatif.ve.s à la gestion de telles situation et l’accompagnement des victimes.

Ces inégalités ne cesseront que lorsque les différents stéréotypes liés au genre, tels que la “femme fragile, émotive, maternelle” ou l’”homme fort, viril, rationnel”, menant jusqu’à la déconsidération, seront éradiqués. Il est nécessaire d’agir auprès des jeunes pour déconstruire ces préjugés. Les associations et fédérations du réseau de la FAGE par le biais de l’éducation populaire mène des actions auprès de ces publics. Ces actions peuvent être des interventions d’éducation à la vie sexuelle et affective dans les collèges et les lycées, incluant les relations humaines et le respect entre les femmes et les hommes. Certains projets sont également mis en place pour informer sur certaines filières composées majoritairement de femmes comme par exemple dans le domaine de la santé, ou à l’inverse comprenant une majorité d’hommes notamment dans les filières scientifiques. Outre cela, la représentation des femmes dans la société, l’accès aux responsabilités et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles reste un combat malheureusement quotidien mais primordial.

Lorsque l’origine est un critère de discrimination :

Il s’agit du second plus gros taux de réclamation traité par le Défenseur des Droits et ses délégués locaux en 2018 en atteignant 14.9% des cas, après le handicap (22.8% des cas). La discrimination par l’origine, l’ethnie est encore bien trop intégrée dans notre société par exemple pour la recherche d’emploi dans le privé et dans le public, l’usage des services publics, l’éducation ou encore le logement.

Si cette discrimination est particulièrement visible et se construit aussi sur les préjugés eux-mêmes bâtis sur l’ignorance et la peur de l’autre, elle est aussi l’objet de nombreux discours politiques extrêmes, racistes et remplis d’amalgames venant renforcer la méfiance l'opinion publique vis-à-vis de ces personnes. De plus, les récents événements de violence et de haine viennent alimenter ces discours renforçant l’intégration de ces préjugés.

Certains de ces stéréotypes, n'appelant pas à directement à la haine sont attachés à une culture populaire (par exemple lorsque nous entendons que l’origine de certain.e.s fait qu’ils.elles courent vite, sont plus fort.e.s en maths, dansent mieux...). Pour autant ils ont des retombées négatives en enfermant certaines populations dans des clichés qui vont les définir, empêchant de concevoir leur évolution autre part et de ce fait les empêcher de s'émanciper entièrement dans la société.

Par ses actions au sein du collectif CoExist, la FAGE lutte contre les différents types de préjugés dont notamment le racisme auprès des plus jeunes. CoExist interroge l’identité qu’est en train de se construire chaque jeune et offre un espace de parole où les élèves se confrontent en sécurité à leurs propres préjugés, pour ensuite les désamorcer.

Les interventions se déroulent en classe. Des binômes de médiateurs.rices issu.e.s des associations partenaires animent un module pédagogique de 2 heures. L’animation par de jeunes adultes permet un échange privilégié avec les adolescent.e.s. Par une méthode interactive et ludique, les élèves sont amené.e.s à s‘interroger et à s’impliquer ; ils.elles mènent une réflexion aboutissant à la remise en question de leurs représentations. Les thèmes d’exploration proposés abordent les questions de racisme, d’antisémitisme, d’homophobie, de sexisme, de xénophobie… Ils.elles amènent de fait aux questions identitaires.

Aujourd'hui avec 11 médiateur.ice.s CoExist présent.e.s sur tout le territoire, la FAGE tend à agrandir cette équipe qui agit régulièrement dans les classes du secondaire partout en France.

CoExist

L’enjeu du programme CoExist : agir concrètement et de manière durable sur les discriminations en déconstruisant les préjugés chez jeunes par une pédagogie innovante.

Créé en 2004, aujourd’hui CoExist réalise plus de 1 000 interventions pour toucher 23 000 jeunes lycéen.e.s et/ou collégien.ne.s. Ces interventions se déroulent dans plusieurs grandes villes de France telles que Lyon, Marseille, Paris, Dunkerque ou encore Strasbourg. CoExist, est un projet éducatif qui vise à lutter contre le racisme, l’antisémitisme, le sexisme ou tout autre discrimination en menant des interventions en milieu scolaire dans les classes de la 4ème à la 1ère et reconnu par les pouvoirs publics notamment en devenant lauréat de “La France s’engage” en 2015. Il s’agit d’une initiative associative portée par trois organisations que sont SOS Racisme, l’Union des Etudiant Juif de France (UEJF) et la FAGE et qui aujourd’hui forme ses membres à devenir des “médiateurs.trices” afin d’intervenir auprès des jeunes.

Retrouvez en ligne la vidéo de présentation de CoExist

Le handicap :

La loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapéesdéfinit le handicap comme “toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant.” Outre la notion d’altération, la définition de l’ONU en 2006 complète cette dernière, en mettant l’accent sur le rôle majeur de l’environnement : “Par personnes handicapées, on entend des personnes qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à leur pleine participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres.”

Aujourd’hui, ce sujet reste trop peu abordé au sein de la société et sa méconnaissance dans la société est flagrante. Le handicap est généralement associé à la vision du handicap moteur : par exemple le symbole majoritairement utilisé pour illustrer le handicap est une personne utilisant un fauteuil roulant. Or, seulement 2-3% des personnes en situation de handicap utilisent un fauteuil roulant, 80% des handicaps étant non visibles.

D’après le Défenseur Des droits, ce sujet représente le 4ème motif de discriminations en France. De fait, 15% des personnes déclarant un handicap lors d’une enquête en milieu professionnel rapportent avoir déjà subi des propos ou comportements handiphobes.

Dans l’enseignement supérieur, ces discriminations sur le handicap ne font pas exception. Depuis 2005, l’effectif d’étudiant.e.s en situation de handicap a plus que triplé avec environ 24 000 étudiant.e.s en situation de handicap aujourd’hui. Malgré des améliorations visibles ces dernières années, telles que la création de schémas directeurs pluriannuels du handicap, ou la signature de chartes du handicap, une large marge d’amélioration demeure dans l’enseignement supérieur en termes d’inclusion. Par exemple, malgré le cadre législatif1 qui dispose d’aménagements spécifiques pour les étudiant.e.s en situation de handicap, chaque année des centaines essuient des refus pour pouvoir participer à des examens ou concours, ou des refus de mise en place de dispositions pour certaines épreuves.

C’est pourquoi la FAGE dans son action d’innovation sociale et de défense des droits s’entoure d’acteurs et d’actrices qui luttent contre ces inégalités, tels que la Fédeeh. L’accessibilité de l’enseignement supérieur, aux événements de la vie étudiante et la participation à la vie démocratique et associative est une priorité pour laquelle le réseau de la FAGE s’implique à travers de projets, formations et actions de sensibilisation, mais aussi par le rôle majeur que jouent les élu.e.s étudiant.e.s dans les différentes instances.

La Fédeeh

La Fédeeh est un mouvement national pour l’inclusion des jeunes en situation de handicap, par la mobilisation, la sensibilisation au cours d’événements telles que leurs rencontres nationales ou la gestion de bourses d’études. Elle est aussi à la tête d’un projet de tutorat pour accompagner et favoriser l’accès à l’enseignement supérieur des élèves de collège et lycée. Depuis quelques années, la FAGE s’investit au sein de la FEDEEH en menant avec elle des actions de sensibilisation et de mise à disposition d’outils pour les étudiants sur cette thématique. L’un des outils de sensibilisation créé par la FEDEEH est la « hand in box », qui contient des mises en situation en simulant des situations de handicap sous forme de défis, pour se questionner sur les représentations liées au handicap. Dans son rôle de plaidoyer, la Fédeeh a réalisé une contribution lors de la mise en place de schémas directeurs que sont tenus de mettre en place les établissements d’enseignement supérieur depuis la loi relative à l'Enseignement Supérieur et à la Recherche du 22 juillet 2013.

Depuis plusieurs années, la FAGE s’entoure d’un réseau d’acteur.rice.s militant.e.s pour mener avec eux des actions de sensibilisation et de plaidoyer.

Nous avons cité ici les premiers critères reflétés dans le baromètre du Défenseur Des Droits, hors tous les jours des personnes subissent certaines discriminations sur d’autres critères, telle que la discrimination envers les personnes LGBT qui déclarent pour plus de 40% d’entre eux.elles avoir subi des remarques, rejets ou des violences graves. Ceci se reflète dans le milieu professionnel, scolaire mais également dans l’entourage, social ou familial. En témoigne l’agression transphobe qui eut lieu ce 2 avril 2019, place de la République à Paris où une jeune femme transgenre fut victime d’une attaque et d’humiliations publiques par plusieurs hommes.

Les préjugés et stéréotypes peuvent toucher chaque personne et conduire à la haine d’autrui, sur une simple représentation.

La FAGE œuvre depuis toujours, à travers ses différents outils et sa politique de formation à sensibiliser les jeunes à ces problématiques, et les mobiliser pour agir pour une société inclusive.

Au sein de l’enseignement supérieur, elle travaille avec ses élu.e.s pour développer les dispositifs d’écoute et d’accompagnement, comprenant les différents acteurs.rices concerné.e.s (personnel et étudiant.e.s, professionnel.le.s, associations...) pour les personnes victimes de discriminations, harcèlement ou de violences.

Mobilisation du réseau de la FAGE

Le réseau de la FAGE s’est mobilisé ce mois-ci pour la promotion de l’égalité. Différentes actions militantes furent mises en place sous formes de semaines thématiques, conférences, stands de sensibilisation, activités ludiques ou communication sur les réseaux sociaux. Ces actions touchaient différents sujets tels que l’égalité entre les femmes et les hommes, les violences sexistes et sexuelles, le racisme, l’antisémitisme, le handicap ou encore la haine anti-LGBT.

Voici un retour en image sur ces différentes actions :

Zoom

Sources

[1] Décret n°2005-1617du 21 décembre 2005 relatif aux aménagements des examens et concours de l’enseignement supérieur pour les candidats présentant un handicap.

Circulaire n°2011-220 du 27 décembre 2011 relative à l’organisation des examens et concours de l’enseignement scolaire et de l’enseignement supérieur pour les candidats présentant un handicap.

Arrêté du 30 juillet 2018 – art.2 modifiant l’arrêté du 22 janvier 2014 – art 12 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master.

AIDES : rapport discriminations 2017

10ème baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi - Dé

11ème baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi - Défenseur des droits

FAGE : kit de promotion de l’égalité femmes-hommes

Rapport d’activité annuel 2018 du Défenseur des Droits

Observatoire des inégalités - femmes et hommes : https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-de-salaires-entre-les-femmes-et-les-hommes-etat-des-lieux?id_theme=22

Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et pour la lutte contre la traite des êtres humains : http://stop-violences-femmes.gouv

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