La situation des étudiants, une précarité qui se normalise

13/06/16

Si aujourd’hui la précarité des étudiants est un sujet qui ne fait pas la controverse, il n’en a pas toujours été de même. Ainsi en 2011, Le Monde titrait « Lutter contre la paupérisation des étudiants est un sujet tabou »1 un entretien avec Philippe Loup, alors Président de la FAGE qui visait à présenter le projet AGORAé et sensibiliser l’opinion publique à la précarité grandissante des étudiants.

Depuis le constat n’a pas évolué et s’est même accentué. Ainsi, un rapport de l’IGAS2 auquel a participé François Chérèque et remis au Premier Ministre le 26 janvier 2015 relève qu’entre 2011 et 2012 le taux de pauvreté des étudiants a augmenté. Ce dernier est passé de 18,9% à 19,1%. Si cette hausse peut sembler anecdotique, il est néanmoins à noter que seuls les étudiants, les familles monoparentales et les mineurs voient leur taux de pauvreté augmenter.

De plus, la dernière enquête de l’OVE3 met en lumière le fait que 54% des étudiants déclarent rencontrer des difficultés financières. Il faut ajouter à cela le fait que le coût de la vie pour les étudiants augmente fortement : ainsi selon les enquêtes du coût de la rentrée de la FAGE, entre 2002 et 20124, ce dernier a augmenté de 50% soit 33 points de plus que l’inflation. Encore en 2014, ce coût de la rentrée a augmenté de 1,5%5 alors que les bourses n’ont dans le même temps été revalorisées que de 0,7%.

Afin de faire face, les budgets alimentation et santé sont les premiers à être sacrifiés par les étudiants. Ainsi, selon l’OVE, en 2013, 13% des étudiants ont renoncé à se soigner pour des raisons financières. L’indicateur FAGE du coût de la rentrée de 2014 met ainsi en lumière une augmentation de 10€ de la cotisation de sécurité sociale et de 72€ du tarif moyen d’une complémentaire depuis 2011. Il est à noter que ce budget est celui qui a le plus augmenté depuis 2002 après le logement.

Face à cette situation, le recours au salariat se normalise, ainsi selon l’OVE, en 2013, 45% des étudiants exercent une activité rémunérée pendant l’année universitaire, parmi eux, 19% exercent une activité concurrente ou très concurrente des études ce qui représente une augmentation de 3 points par rapport à 2010.

Loin de se résigner, la FAGE, forte de sa vision de militantisme de service, porte une double réponse complémentaire :

- Par le plaidoyer : la refonte des bourses sur critères sociaux avec l’AGI (Aide Globale d’Indépendance) et

- Par le projet d’innovation sociale : les AGORAé, épiceries solidaires et lieux de vie gérés par et pour les étudiants.

Focus : La situation des bénéficiaires des AGORAé6

Pour être bénéficiaire de l’AGORAé, un étudiant doit avoir son Reste à vivre (soustraction des dépenses fixes aux ressources) inférieur à 7€50 par jour (soit 2 tickets RU à 3€25 + 1€ de petit dej).

Les bénéficiaires des AGORAé sont 47% à être boursiers (contre 35% de la population étudiante générale) ce qui s’explique par la présence d’étudiants ayant de faibles échelons bourses ne suffisant à combler l’ensemble de leurs besoins et par des étudiants (juste en dessous des seuils, internationaux) qui n’ont pas accès aux bourses mais galèrent néanmoins à boucler leurs fin de mois.

Dans le budget des bénéficiaires, la part des soutiens financiers familiaux ne représente en moyenne que 11% des ressources et ils sont 15% à avoir contracté un prêt (contre 9% de l’ensemble des étudiants).

Le Reste à vivre journalier moyen est de 2€70 avec 445€ de ressources et 528€ de dépenses dont plus de la moitié est consacrée au loyer.

Quand 13% des étudiants renoncent à se soigner3, ils sont 48% à être dans ce cas à l’entrée dans le dispositif AGORAé.

Ces chiffres illustrent la pertinence du projet AGORAé, qui vient répondre aux besoins des étudiants qui ne sont pas satisfaits par les dispositifs existants. Ce n’est ainsi pas un hasard si les étudiants internationaux sont sur-représentés parmi les bénéficiaires (47% contre 13% de la population étudiante) puisque des barrières existent pour eux à l’accès aux bourses. De plus prêt de la moitié des bénéficiaires sont boursiers ce qui illustre la nécessité de supprimer les effets de seuil et d’augmenter les montants des bourses des échelons les plus bas.

Sources

1 Le Monde Economie, 19.12.2011

2 Evaluation de la 2ème année de mise en œuvre du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale

3 Observatoire de la Vie Etudiante, Enquête nationale Conditions de vie des étudiants 2013

4 10ème indicateur FAGE du coût de la rentrée

5 12ème indicateur FAGE du coût de la rentrée

6 EVAGO – Evaluation de plus value sociale des AGORAé, ASDO 2015