Le cursus master : une évolution nécessaire

Avec l'arrivée du processus de Bologne et la volonté d'une harmonisation européenne, la construction de l'offre de formation aurait dû être bouleversée. Elle l'a été, dans une certaine mesure. Mais nous ne sommes pas allés au bout des choses. Le master, aujourd'hui, en France, n'existe pour ainsi dire "pas". Il est censé être constitué en tant que cursus de quatre semestres, avec une cohérence entre chacun. Les vestiges de l'ancien système (DESS, DEA), amènent à distinguer master 1 et master 2, et à faire la séparation entre la recherche et le professionnel...

Structuration de la formation

Contexte

Les établissements d'enseignement supérieur, au cours des campagnes d'habilitation successives, ont globalement (cela varie selon les disciplines) peu à peu arrêté de faire cette distinction au niveau de la mention, en la répercutant au niveau de la spécialité ou du parcours. Se pose alors la question de l'utilité de la maintenir dans les textes qui ne semble pas être utile, leur rapprochement permettrait de prendre en considération les évolutions en cours dans les établissements.

Le rapprochement des deux finalités du cursus de master est d'autant plus souhaitable que la dichotomie est littéralement mauvaise. L'activité en laboratoire ne serait pas de l'ordre de l'activité professionnelle ? Quelle hypocrisie à l'époque où une bonne partie de la recherche française se fait en entreprise et où les liens entre établissements d'enseignement supérieur et monde socio-économique sont plus forts que jamais.

Le mythe de la formation unique dans une logique de simplification administrative n'est cependant pas enviable. La volonté doit bien être celle d'une construction d'une formation en quatre semestre, sur deux ans, permettant aux futurs chercheurs de prendre conscience du monde socio-économique qui les entoure et à ceux qui seront destinés à un autre métier, de prendre conscience de l'importance de la recherche dans l'évolution de notre société et d'acquérir une méthodologie évolutive propre aux formations adossées à la recherche.

Ce que propose la FAGE

Dans l'idéal d'une formation en quatre semestres, et avec les travaux en cours sur la nomenclature des diplômes entraînant la suppression des spécialités, la plus-value professionnelle ou recherche, se trouverait dans un parcours d'une même mention. Le cursus devrait ainsi se construire à partir d'une base commune dense, permettant les interactions entre les deux parcours ainsi que la possibilité en cours de cursus, de passer de l'un à l'autre. Là encore, nulle volonté d'imposer une organisation des semestres unique, mais simplement de renforcer un cadre national bien trop lâche aujourd'hui, qui laisserait, en fonction des spécificités locales et de disciplines, la possibilité d'une organisation particulière des semestres.

Il apparaît donc essentiel de mettre fin à cette dichotomie et de considérer le master comme un cursus en quatre semestre. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout uniformiser. Les semestres pouvant s'organiser de différentes manières, de telle sorte qu'ils puissent répondre aux besoins spécifiques d'organisation de certaines formations.

La sélection à l'entrée de la deuxième année de master, aujourd'hui encore effective, n'aurait par conséquent plus sa place.

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Accessibilité

Contexte

Doit-on accepter de pouvoir faire une première année de master sans garantie d'avoir le droit de continuer en deuxième année de master ? Quid de tous ces établissements qui, en plus de mettre une sélection à l'entrée du master 2, en imposent une à l'entrée du master 1 ? Quelle est la considération pour l'étudiant dans ce système ?

Notre société évolue et il est logique que le niveau de diplomation des jeunes s'accroisse. De plus, plus que la filière ou la spécialité de formation, le niveau du diplôme est déterminant pour la qualité d'insertion des débutants. Sans demander de fixer un pourcentage d'une classe d'âge diplômée au niveau master, qui nous ferait entrer dans une logique de quotas délétère à la qualité de la formation, nous ne pouvons trouver que normal qu'un détenteur d'un diplôme conférant le grade de licence puisse continuer en master.

Aujourd'hui, l'accès aux formations conduisant au diplôme de master est règlementairement de droit pour les étudiants pouvant justifier "d'un diplôme national conférant le grade de licence dans un domaine compatible avec celui du diplôme national de master". "Lorsqu'une université est habilitée à délivrer le diplôme de master, l'accès de l'étudiant titulaire de la licence, dans le même domaine, est de droit pour les 60 premiers crédits européens" (arrêté du 25avril 2002 relatif au diplôme national de master).

Cela est absurde d'un côté, quelle logique à poursuivre après une licence de mathématiques dans un master de chimie ? Et cela montre de l'autre, l'attachement à la dichotomie, master 1 - master 2.

Cela met également en avant le fait que nous sommes encore attachés aux diplômes et à leurs intitulés, bien plus qu'aux compétences acquises au cours de la formation. La notion de "domaine compatible" ici utilisée est intéressante, mais trop vague.

Dans une logique de semestrialisation du cursus de master, la sélection à l'entrée en deuxième année de master n'est plus envisageable. De même, dans une logique d'un diplôme de licence préparant tout autant à l'insertion professionnelle directe qu'à la poursuite en second cycle universitaire, la mise en place d'une sélection à l'entrée du master ne peut s'entendre en tant que telle. Pour autant, il se conçoit qu'un master ne puisse accueillir tous les candidats, systématiquement. Nous ne pouvons pas souhaiter que toute licence permette une poursuite en toute filière de master. Mais il ne peut pas plus établir une hiérarchie entre eux.

Ce que propose la FAGE

Il est nécessaire de mettre en avant les savoirs, aptitudes et compétences requis pour préparer chaque master, permettant de mettre ces données en parallèle des savoirs, aptitudes et compétences acquis au cours de chaque licence.

De même, les établissements doivent avoir l'obligation de publier des taux d'insertion professionnelle de chaque master qu'ils portent. Cela ne doit cependant pas limiter l'offre de formation à la seule finalité d'insertion professionnelle. Le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche doit être garant de la bonne répartition des formations sur le territoire et du maintien des formations peu professionnalisantes mais essentielles à l'ouverture d'esprit de notre société, à son encrage international, et à la survie de son patrimoine et de l'histoire.

Ainsi, il faut que chaque titulaire d'une licence puisse avoir accès de droit à un master "compatible" de l'établissement - ou regroupement d'établissements - ou d'un établissement partenaire pour des formations cohabilitées. Par conséquent, pour chaque mention de master existante, une liste de mentions de licence « compatibles » doit être définie dans le dossier d'accréditation.

Font exception les formations ayant des capacités d'accueil limitées et les formations délivrant des diplômes qui concernent des formations règlementées, dont la liste et la capacité sont adoptées par le conseil académique et figurent également dans le dossier d'accréditation.

A cet effet, les troisièmes années de licence devront, pour permettre une meilleure insertion professionnelle d'un côté et une meilleure poursuite d'étude de l'autre, être plus spécialisées.

Au sein d'un même établissement et des établissements partenaires, les dates limites de dépôt des dossiers de candidature doivent être rapprochées afin qu'une commission pédagogique étudie les dossiers de candidature des étudiants pour qui aucune proposition ne conviendrait, nécessitant une prise de décision commune afin de leur trouver la meilleure place en rapport avec leur profil et leur demande. Cette commission pourra être amenée à convoquer l'étudiant pour discuter de son projet pédagogique avec lui et pourra être assistée d'un conseiller d'orientation psychologue pour le cas où la demande de l'étudiant serait totalement incohérente avec son parcours de formation.

En bref

  • Dans une démarche qualité, la pédagogie, la structuration de la formation et le cadre d'étude doivent être évalués.
  • Prendre en compte l'activité pédagogique et d'encadrement dans la valorisation de la carrière des enseignants-chercheurs.
  • La création des Ecoles Supérieures du Professorat et de l'Education doit être l'occasion de se saisir de la question de la formation initiale et continue des enseignants du supérieur à la pédagogie, l'évaluation des enseignements y participe.
  • Mise en place d'un contrôle a priori et d'une évaluation a posteriori de l'offre de formation dans le cadre du processus d'accréditation.
  • Les dénominations master "professionnel" et master "recherche" doivent disparaître. Le cursus devrait se construire à partie d'une base commune dense, permettant les interactions entre deux parcours ainsi que la possibilité en cours de cursus, de passer de l'un à l'autre.
  • Le parcours "professionnel" devrait plutôt être qualifié de parcours "à insertion professionnelle directe" en opposition non pas à un parcours "recherche" mais bien de "poursuite en thèse".
  • Mettre fin à la dichotomie master 1 / master 2 et considérer le master comme un cursus en quatre semestres.
  • Donner l'accès de droit au master aux étudiants disposant d'une licence "compatible". Font exception les formations ayant des capacités d'accueil limitées et les formations délivrant des diplômes qui concernent des formations règlementées, dont la liste et la capacité sont adoptées par le conseil académique et figurent, au même titre que la liste des mentions de licence "compatibles", dans le dossier d'accréditation.
  • Publier des taux et la qualité d'insertion professionnelle de chaque master.
  • Mettre en avant les savoirs, aptitudes et compétences requis pour préparer chaque master, pour permettre de mettre ces données en parallèle des savoirs, aptitudes et compétences acquises au cours de chaque licence.
  • Le Conseil National de l'Enseignement Supérieur Et de la Recherche doit être garant de la bonne répartition des formations sur le territoire.
  • La formation doit trouver toute sa place auprès de l'équipe de recherche, tout autant que la recherche doit trouver toute sa place auprès de l'équipe pédagogique.
  • L'ouverture ou la fermeture d'une mention ou d'un parcours doit se baser sur des indicateurs solides. Le conseil académique doit être consulté pour chacune d'entre-elle et l'université doit mettre en place un cahier des charges.
  • Les modalités de contrôle de connaissances du master doivent prévoir que chaque unité d'enseignement est évaluée par un minimum de trois notes, en contrôle continu, aucune note ne pouvant correspondre à plus de 40 % du total.
  • Décliner les savoirs, aptitudes et compétences requis pour préparer un doctorat afin de mieux préparer l'entrée en thèse.
  • Décliner les savoirs, aptitudes et compétences acquis au cours de la formation doctorale, afin de l'inscrire, comme les autres diplômes, au RNCP.
  • L'arrêté d'août 2006 relatif à la formation doctorale doit évoluer (en regard de la contribution sur le 3ème cycle de la FAGE).
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