[2015] Le 1er bilan d’EVAGO, l’outil d’évaluation des AGORAé

Depuis 2013, la FAGE a amorcé une réflexion sur l’évaluation de la plus-value sociale du projet AGORAé. L’objectif était de s’assurer que le projet répondait bien à ses objectifs et avançait dans la bonne direction. Un outil dédié a ainsi été créé et l’évaluation a été menée pendant un an dans les 12 AGORAé du réseau, l’heure est aujourd’hui à l’analyse des premiers résultats.

Après 4 années d’existence, les AGORAé arrivent aujourd’hui à un moment charnière, le projet s’est considérablement développé et doit pouvoir démontrer sa plus-value de manière objective ainsi que les effets positifs sur les bénéficiaires au niveau de leur hygiène de vie, de leur vie sociale et de leur réussite universitaire.

Pour répondre à ces questions l’outil d’évaluation, EVAGO, a été créé collectivement avec les porteurs du projet AGORAé et le cabinet ASDO. Des entretiens qualitatifs ont d’abord été menés en 2014 afin d’avoir un ressenti libre des bénéficiaires et d’avoir des éléments d’analyse avant de lancer la phase quantitative.

EVAGO, Kézako ?

L’outil EVAGO a été lancé à la rentrée 2014 puis testé par les AGORAé durant la phase pilote pendant un an.

Cet outil se décompose en trois questionnaires renseignés par les bénéficiaires de l’AGORAé lors de leur arrivée à l’AGORAé, puis à la fin de leurs droits et enfin quatre mois après. Il permet ainsi de retracer l’évolution du parcours des étudiants et donc analyser l’aide apportée par l’AGORAé sur le court et moyen terme.

Des premiers résultats concluants

Un an après le lancement de l’outil l’heure est aujourd’hui aux résultats. L’évaluation a montré que l’aide apportée par l’épicerie touche bien les étudiants en situation de précarité et a un impact positif sur leur parcours, enfin, elle a confirmé la pertinence du modèle « AGORAé ».

Les AGORAé ciblent les étudiants en situation de précarité

L’évaluation a permis d’avoir des éléments concrets sur les profils des bénéficiaires lorsqu’ils arrivent à l’AGORAé, elle a ainsi montré que :

  • les AGORAé ciblent les étudiants boursiers (près de la moitié des étudiants bénéficiaires sont boursiers contre 35% pour la moyenne des étudiants au national), mais également, dans des proportions équivalentes, les non boursiers « juste en dessous » des seuils d’éligibilité qui peuvent néanmoins disposer d’un budget contraint ;
  • près de 90% des étudiants fréquentant une AGORAé vivent dans un logement autonome, un poste de dépense particulièrement lourd pour les budgets des étudiants bénéficiaires;
  • le recours à l’emprunt est plus développé 15% des bénéficiaires de l’AGORAé déclarent avoir eu recours à un emprunt contre une moyenne de 6% chez les étudiants en France ;
  • le reste à vivre moyen, c’est-à-dire le budget journalier dédié à l’alimentation, aux loisirs, aux fournitures universitaires, est de 2,70 euros par jour par étudiant et se situe donc dans le bas de la fourchette l’éligibilité des AGORAé (qui est comprise entre 1,20 euros et 7,50 euros par jour).

Les étudiants lorsqu’ils arrivent à l’AGORAé sont donc dans des situations financières fragiles où les aides de leur famille ne leurs permettent pas de couvrir l’intégralité des frais fixes. Ils sont alors contraints de réduire certains postes de dépenses, ainsi près de 48% d’entre eux ont déjà renoncés à consulter un professionnel de santé (contre 13% chez l’ensemble des étudiants, OVE, 2013).

Les AGORAé s’adressent donc bien au public ciblé : des étudiants en situation de précarité qui mettent en péril leur hygiène de vie et leur réussite universitaire.

L’accueil par des étudiants pour des étudiants facilite premier pas vers l’AGORAé

Pousser la porte de l’épicerie solidaire ne va pas de soi, il est en effet difficile pour certains de s’inscrire dans une relation d’aide avec la crainte parfois d’être stigmatisé. Comme en témoigne un étudiant bénéficiaire de l’AGORAé : « Avec mon caractère, je n’aurais jamais dit de moi-même que j’avais des problèmes ! […] Je me serais serré la ceinture un peu plus, j’aurais assumé mes choix. »

L’invitation de proche en proche facilite aussi l’accès à l’AGORAé, ce sont ainsi 51% des étudiants bénéficiaires qui viennent à l’AGORAé par le bouche à oreille. L’accessibilité de l’AGORAé et son emplacement sur le campus sont autant de facteur déterminant, certains étudiants l’expriment explicitement : ils n’auraient pas sollicité d’aide si l’AGORAé n’avait pas été sur leur chemin.

Des répercussions positives sur l’hygiène de vie et la réussite universitaire des étudiants

L’aide de l’AGORAé a permis pour plus des trois quarts des étudiants de dégager des marges de manœuvre financière et de répercuter les économies réalisées pour l’achat de produits alimentaires jusqu’alors jugés inaccessibles (comme la viande, le poisson, les fruits et légumes, etc.). L’AGORAé a donc permis de faire évoluer les bénéficiaires vers une meilleur hygiène alimentaire.

Par ailleurs, la moitié des étudiants qui ont bénéficié de l’aide de l’AGORAé estiment qu’elle a contribué pour beaucoup à leur réussite universitaire.

Comme en témoigne une bénéficiaire : « si je n’avais pas eu l’AGORAé, je me serais privée davantage, mais je me serais endettée. C’était une aide suffisamment conséquente pour s’en sortir ».

Enfin, la création de lien social via le lieu de vie, espace d’échanges accessible à tous les étudiants, a permis pour les 2/3 des bénéficiaires de rencontrer des personnes qu’ils ne connaissaient pas.

En conclusion, l’étude évaluative a permis de conforter le positionnement du projet AGORAé : une épicerie solidaire par et pour les étudiants. Celles-ci touchent le public ciblé et ont un véritable impact sur le rééquilibrage des budgets, ce qui favorise un meilleur équilibre alimentaire et une meilleure réussite universitaire, en évitant les situations de privation ou le délaissement des études au profit d’un emploi salarié.